Fake news : Pour RFI, le report de la visite du président togolais Faure Gnassimbgé à son homologue gabonais Ali Bongo pourrait être dû aux… propos du député français Bruno Fuchs !

RFI est souvent pointée du doigt pour sa couverture jugée partiale de l'actualité politique au Gabon © DR

C’est ce qu’a fortement laissé entendre la radio française dans la présentation de son émission « Appel sur l’actualité » ce mardi. Une thèse jugée « farfelue » qui fait sourire à Lomé comme à Libreville. 

Chacun connait l’atavisme journalistique pour le sensationnalisme, quitte parfois à friser avec le complotisme ou, à tout le moins, faire des rapprochements abusifs.

Cette semaine, la radio RFI, dont la couverture de l’actualité dans certains pays en Afrique, comme le Togo ou le Gabon, est très controversée (lire infra), en a de nouveau administré la preuve.

Lors de la présentation de son émission « Appel sur l’actualité » mardi 21 juillet, la radio française n’a pas hésité à attribuer le report de la visite du président togolais, Faure Essozimna Gnassingbé, à son homologue gabonais, Ali Bongo Ondimba, aux propos – controversés et vivement critiqués – tenus quelques jours plus tôt par… un député français, Bruno Fuchs (lire notre article).

« La visite annulée de Faure Gnassimgbé au Gabon a-t-elle un lien avec les déclarations d’un député français ? », s’interroge le journaliste de RFI François Mazet. Commode, le mode – faussement – interrogatif est un procédé plus ou moins subtile mais résolument classique d’orienter les débats vers une thèse implicite. « Le simple fait de poser la question ou de sélectionner tel ou tel auditeur pour la poser n’est pas complètement neutre. C’est une manière d’orienter les débats », éclaire un ex-journaliste français, longtemps en poste à Libreville.

« Cela fait longtemps que dans nos capitales africaines la politique ne se décide plus à Paris. Dites-le à RFI » (ministre togolais)

« C’est grotesque », s’étrangle un jeune ministre togolais, très proche du chef de l’Etat Faure Essozimna Gnassingé. « La visite a simplement été reportée de quelques semaines en raison d’un imprévu dans l’agenda du président qui l’a obligé à rester à Lomé. Il s’en est expliqué le plus simplement du monde au chef de l’Etat gabonais et les services diplomatiques s’activent pour fixer une nouvelle date », complète celui-ci. « Cela fait longtemps que dans nos capitales africaines la politique ne se décide plus à Paris. Dites-le à RFI », tacle ce membre du gouvernement togolais.

A Libreville, le son de cloche est à peu de choses près le même. Et on se fait fort de rappeler les liens d’amitiés et de grande proximité entre les deux dirigeants. « Ali Bongo Ondima et Faure Essozimna Gnassingé sont très proches. Ce sont de véritables amis, des intimes qui s’appellent plusieurs fois par semaine, se consultent mutuellement sur divers sujets », explique un haut-diplomate gabonais. De fait, en l’espace de deux ans, le numéro un togolais s’est rendu à près de dix reprises en visite officielle dans la capitale gabonaise (lire notre article).

Quand on pose la question à l’un et à l’autre de savoir si ce sont les propos du député français qui expliqueraient le report de la venue du président togolais à Libreville, on obtient la même réaction : un rire gras. « C’est ridicule. Quand les journalistes n’ont pas d’informations, ils spéculent et finissent par dire ce genre d’inepties », cingle le jeune ministre togolais.

A Libreville, on y voit en outre, une forme de malveillance habituelle qui s’expliquerait par le parti pris journalistique dans les médias occidentaux, auquel RFI n’échappe pas, pour l’opposition dont le combat est, ab initio, jugé noble face à un pouvoir par nature corrompu.

« Nous ne sommes pas surpris. Comme souvent, RFI se fait la caisse de résonance de l’opposition qui est à l’origine de la propagation de cette thèse farfelue sur le chef de l’Etat togolais. C’est un moyen pour elle d’attaquer le président Ali Bongo Ondimba. C’est de la manipulation des esprits, sans rapport avec la réalité. C’est toujours désagréable mais, in fine, politiquement et diplomatiquement, cela ne fait pas bouger d’un millimètre nos relations avec Lomé et avec Paris, qui sont excellentes », réagit, sourire aux lèvres, un ex-ministre gabonais des Affaires étrangères.

Perte de crédibilité 

Autrefois très respectée au Gabon, la radio RFI est régulièrement indexée pour sa couverture jugée partielle et partiale du pays (lire notre article) ou son parti-pris marqué en faveur de l’opposition (lire notre article). Fin août 2019, l’accréditation du correspondant de RFI au Gabon avait été temporairement retirée pour diffusion de fausses nouvelles (lire notre article). Celui-ci avait affirmé dans son reportage que le président de la République ne s’était levé à aucun moment lors du défilé militaire sur le boulevard de l’Indépendance le jour de la fête nationale gabonaise le 17 août dernier. Une affirmation totalement erronée, le chef de l’Etat gabonais s’étant levé à une quinzaine de reprises comme l’ont attestées les vidéos prises à cette occasion (lire notre article), qui érode la crédibilité de RFI et questionne sa neutralité.

Pour les spécialistes français des médias, RFI souffre des mêmes maux que ses confrères et consœurs du service public. « Il y a dans les médias, en France notamment, une tendance à confondre journalisme et militantisme. Pour des médias privés, cela est compréhensible et normal. Les médias d’opinion peuvent et doivent exister. Mais pour des médias publics, financés par le contribuable français, l’absence de neutralité et le parti-pris idéologique pose question », explique un universitaire de Paris II, spécialiste des médias. « En 2012, un sondage avait montré que 92 % des journalistes avaient voté pour le candidat de gauche, François Hollande. Ce chiffre est encore plus élevé au sein des médias du service public », rappelle-t-il, pointant ainsi du doigt une hyper-homogénéité idéologique qui se ressent sur la qualité de la couverture journalistique.

Les médias français dans leur ensemble, singulièrement ceux financés par l’Etat, sont  largement pointés du doigt en raison de leur déconnexion avec la réalité et, partant, leur manque de crédibilité. C’est ce qui ressort chaque année du « baromètre de la confiance en politique » réalisé par le Centre de recherche sur la vie politique française (CEVIPOF), rattaché à Science Po Paris. En 2019, 75 % des Français disaient ne pas faire confiance aux médias. Un chiffre qui en dit long et qui est très largement inférieur à ceux enregistrés par d’autres institutions, à l’instar de la police et de l’armée (26 % seulement de défiance pour 74 % de confiance).

Et dire que les premiers n’ont de cesse à longueur de journée de critiquer les seconds…