Fact checking : Les vraies raisons pour lesquelles Bertrand Zibi Abeghe a préféré se retirer de la course à la présidentielle au Gabon et ne pas déposer son dossier au CGE

Bertrand Zibi peut se frotter les mains, il a réussi son coup © Facebook/BZA

L’ancien député de Bolossoville (Minvoul) n’a pas retiré sa candidature car il ne l’a jamais déposé au Centre gabonais des élections (CGE). Pour une bonne raison, celle-ci aurait été probablement retoquée. Le sachant pertinemment, l’intéressé, en politicien madré, a préféré prendre les devants, histoire de faire monter les enchères et parvenir à vendre ce qu’il ne possédait pas. Explications.

Bertrand Zibi Abeghe n’a pas déposé sa candidature au CGE. Il n’a donc pas pu la retirer au profit d’un candidat commun de l’opposition, comme il l’a affirmé (ou laissé sous entendre tant le propos était ambiguë) dimanche lors de sa conférence de presse (lire notre article).

Et pour cause, l’ex-député Bolossoville dans le Haut-Ntem, à l’extrême nord du Gabon, n’est pas en mesure de se présenter. Pour trois raisons au moins. D’abord, il ne dispose d’aucun véritable soutien sur la scène politique. Le seul sur lequel il pensait pouvoir compter, Jean Ping, pour lequel il a passé six ans en prison, a refusé de l’adouber pour préserver le plus longtemps possible son magistère sur l’opposition, ce qui lui sera possible en cas de défaite cinglante de son camp lors des élections du 26 août prochain.

Inéligible

Ensuite, Zibi ne dispose d’aucun argent, contrairement à Ping qui a fait fortune sous le régime d’Omar Bongo dont il a été l’un des piliers ou de Barro Chambrier qui peut compter sur les prodigalités du président congolais Denis Sassou Nguesso. Or, battre campagne sans fortune personnelle ou sans mécène est mission impossible.

Enfin, et surtout, il est tout sauf certain que s’il avait été déposé, le dossier de Bertrand Zibi Abeghe aurait été validé par le CGE. En effet, l’ex-député a été condamné en 2016 à six années de prison pour « instigation aux violences et voies de fait et détention illégale d’armes à feu ». Une condamnation qui a entraîné une suspension de ses droits civiques (celui de voter et de se présenter aux élections), qui n’a semble-t-il pas été levée quand bien même Zibi a été remis en liberté en septembre. Pour le dire simplement, l’intéressé est inéligible. Et il le sait pertinemment. Pour preuve, Zibi n’a déposé aucun dossier de candidature, ni pour la présidentielle, ni pour les législatives, ni pour les locales. La conférence de presse de dimanche relevait donc d’un numéro de prestidigitation…

Jeu de dupes

Dans ces conditions, plutôt que de courir le risque de voir sa candidature rejetée et n’avoir plus aucune monnaie d’échange, mieux valait pour Bertrand Zibi prendre les devants et affirmer qu’il se retirait. Histoire de monnayer en contrepartie quelque chose qu’il savait ne pas détenir.

Quand on cherche à négocier, que ce soit un poste ou autre, mieux vaut ne pas avoir les mains vides. En politicien madré, Zibi n’est pas sans le savoir. Sur ce coup, il a été moins grand prince, comme ont fait mine de s’enthousiasmer certains, que philistin. L’opposition quant à elle, qui désespérait de pouvoir démontrer sa capacité à se rassembler, c’est laissée volontiers flouer, acceptant d’acheter quelque chose qui n’existait pas. Dans ce jeu de dupes, chacun semble au final y trouver son compte.