[Analyse] Pourquoi, en pleine crise du Covid-19, l’agence Moody’s félicite le Gabon et relève sa notation

L'agence de notation Moody's optimiste sur le Gabon © DR

En dépit d’une conjoncture économique très défavorable marquée par la crise mondiale du Covid-19, Moody’s vient de féliciter le Gabon pour ses efforts dans l’apurement de sa dette extérieure. L’agence de notation américaine, considérée comme la plus influente dans son domaine, y voit un signe encourageant pour les marchés et les investisseurs étrangers. Logiquement, elle a décidé de relever la notation souveraine du pays. Pour les autorités gabonaises qui ont entrepris de restaurer le crédit de la parole de l’Etat, c’est un succès. 

Dans le cadre de l’actualisation de la note du Gabon intervenue le 2 juillet dernier, l’agence de notation américaine Moody’s a salué les efforts du pays dans l’apurement de sa dette extérieure. De ce fait, elle a décidé de relever sa note à « Caa1 assortie d’une perspective positive ».

« Malgré les contraintes sur les finances publiques, le Gabon a continué à honorer ses engagements internationaux », relève Moody’s qui ajoute : « il est important de rappeler que depuis le mois d’avril 2019, le Gabon n’a plus accumulé d’arriérés de paiement de sa dette extérieure, respectant ainsi un des repères structurels les plus contraignants de son programme avec le FMI », souligne le rapport.

En effet, au 1er trimestre 2020, le règlement de la dette extérieure (88 % des paiements) a été effectué à hauteur de 570,1 milliards de FCFA au 1er trimestre 2020 contre 116,9 milliards de FCFA à la même période en 2019.

Sur les 3 premiers mois de l’année 2020, les paiements ont porté essentiellement sur la dette des marchés financiers internationaux (75,6 % des parts) à hauteur de 490 milliards de FCFA au 1er trimestre 2020. La dette multilatérale a été payée pour 35,2 milliards de FCFA, la bilatérale pour 21,1 milliards et la commerciale pour 23,9 milliards de Fcfa.

Un véritable exploit, souligne les auteurs de la note, d’autant qu’il intervient dans une conjoncture internationale très défavorable marquée par la pandémie de Covid-19.

Pour rappel, le Gabon, considéré comme l’un des pays dont la riposte face au virus est la plus efficace à l’échelle du continent africain (lire notre article), a déployé en avril dernier un plan d’accompagnement économique et social pour les personnes et pour les entreprises dont le montant de 250 milliards de francs CFA en fait l’un des plus ambitieux en Afrique. En juin dernier, il a adopté une loi de Finances rectificative qui donne la priorité aux dépenses en matière sociale et de santé.

« L’objectif des autorités gabonaises est d’abord de pourvoir aux besoins du quotidien des Gabonais, mais aussi de tenir ses engagements financiers vis-à-vis de ses agents, de ses prestataires et de ses créanciers dans une optique de restauration de la crédibilité de la parole de l’Etat dont on voit aujourd’hui qu’elle porte ses fruits », explique un économiste du FMI qui précise que « cette volonté politique nouvelle date du début de l’année. Il y a clairement, de ce point de vue, un avant et un après ».

Outre la dette extérieure, les autorités gabonaises s’emploient à accélérer l’appurement de la dette intérieure. Pour les PME gabonaises qui travaillent avec l’Etat et qui ont vu nombre de leurs créances réglées durant le premier semestre 2020, c’est un véritable soulagement. « Aujourd’hui, nous sommes plus sereins. L’Etat n’a plus peur de reconnaître ses dettes et prend les devants pour proposer un échéancier de remboursement. Par ailleurs, dans le même temps, les délais de paiement, autrefois outrancièrement long, ont ces derniers mois été fortement compressés », se réjouit Franck, un entrepreneur du bâtiment, originaire de Port-Gentil.

Enfin, cette politique de la parole tenue bénéficie également aux agents de l’Etat. Nombre d’entre eux ont vu des primes auxquels ils avaient droit depuis plusieurs années être enfin réglées. C’est le cas notamment des agents de santé, des régies financières ou encore de la CNOGEMCNI.

Pour aller plus loin à ce sujet, lire notre analyse.