Dette intérieure fictive : interrogations sur l’attitude du patronat gabonais

L'image du président du Conseil gabonais du patronat (CGP), Francis Jean-Jacques Evouna, écornée par les révélations de la taskforce sur la dette intérieure © DR

Alors que les travaux de la taskforce sur le règlement de la dette intérieure, mise en place en juin dernier, ont fait apparaître que 241 milliards de francs CFA étaient en réalité injustifiés sur les 370 milliards déjà audités, ce qui représente 70 % de l’encours total, le silence observé par le patronat ne laisse d’interroger. 

Depuis l’annonce cette semaine de la confirmation du caractère fictif d’une part importante de la dette intérieure gabonaise, qui avait pourtant fait l’objet d’un audit – mais dans des conditions controversées (lire notre article) – de la part du cabinet Price Waterhoousecoopers pour le compte du FMI (audit, au demeurant, réalisé à la demande des autorités gabonaises), le silence observé par les responsables du patronat gabonais ne laisse d’interroger.

Ni Francis Jean-Jacques Evouna pour le Conseil gabonais du patronat (CGP), ni Alain Bâ Oumar pour la Confédération patronale du Gabon (CPG), à la tête des deux principaux syndicats d’entreprise, ne sont sortis du bois pour exprimer le moindre propos.

Pourtant, la totalité des entreprises qui ont vu tout ou partie de leurs créances annulées en raison d’absence de contreparties réelles sont issues de l’une ou l’autre de ces organisations.

« Ces organisations patronales devraient congédier les entreprises membres de leur groupement qui ont tenté de voler l’Etat. Il faut écarter les brebis galeuses. Sinon, l’opprobre sera jetée sur l’ensemble du troupeau, ce qui n’est pas sain », peste un chef d’entreprise à la tête d’une PME de travaux publics à Libreville.

Si Alain Bâ Oumar est pointé du doigt, celui qui concentre pour l’heure le plus de critiques est sans conteste Francis Jean-Jacques Evouna.

En 2017, son organisation, la Confédération Patronale Gabonaise (CPG), avait entamé des négociations avec une banque internationale de premier rang pour un paiement cash (immédiat) de l’ensemble des créances dues à ses membres sous réserve de l’accord signé avec l’État gabonais. Ladite banque avait-elle pris le soin de réaliser toutes les due diligences nécessaires avant d’envisager une telle opération ? Pourquoi, au final, celle-ci ne s’est pas faite ? Autant de questions qui restent à ce jour sans réponse.

Légèreté ou complicité ?

Plus récemment, en mai, Jean Jacques Evouna invitait encore le gouvernement à opter « pour le règlement total de la dette intérieure ». Question : pouvait-il ignorer ce que l’on a découvert à peine quelques mois plus tard, à savoir que les deux tiers de cette dette était en réalité fictive ?

Cet autre entrepreneur, à la tête d’une société de service, n’hésite pas en tout cas à mettre les pieds dans le plat. « Il n’est pas impossible que l’on soit en présence de pratiques frauduleuses de surfacturation de l’Etat Et il est difficile d’imaginer qu’un responsable d’une grande organisation patronale ne soit pas au courant », croit-il savoir.

Face à un tel montant de dettes annulées qui laissent en effet supposer l’existence de pratiques pénalement répréhensibles, le silence des responsables des organisations patronales est-il un signe de légèreté ou un aveu de complicité ? Cette question en tout cas est aujourd’hui sur les lèvres du tout Libreville des affaires.