
Le baril américain West Texas Intermediate (WTI) a dégringolé de plus de 18,7 % à 14,84 dollars l’unité dans les premiers échanges asiatiques, ce lundi, tandis que le baril de Brent de la mer du Nord tentait tant bien que mal de se maintenir, cédant 1,5 %, à 27,64 dollars le baril.
Si l’Arabie Saoudite et la Russie sont parvenus au début du mois à régler leur différend en acceptant avec d’autres pays de l’Opep de réduire leur production de près de 10 millions de barils par jour pour tenter de soutenir les cours (lire notre article), l’opération s’apparente pour l’heure à un coup d’épée dans l’eau.
La crise économique mondiale qui se profile et la chute de la demande pendant la pandémie entraînent sur le marché une crise de sur production de pétrole. Selon les analystes, les réductions annoncées par l’Opep, même si elles sont historiquement importantes, ne suffisent pas à compenser les chutes massives de la demande provoquées par la pandémie.
Selon les prévisions dévoilées dans son rapport mensuel, jeudi dernier, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) attend une consommation mondiale atteignant cette année 92,82 millions de barils par jour (mbj), soit une baisse « sans précédent » d’environ 6,85 mbj par rapport à 2019 (-6,87 %). Il s’agirait du premier recul annuel de la consommation pétrolière mondiale depuis 2009 et la crise financière.
« La pandémie de Covid-19 affecte désormais la demande pétrolière de nombreux pays et régions, avec un impact sans précédent sur les besoins, notamment en carburants pour les transports », relève l’Opep dans son rapport alors que les flottes des compagnies aériennes restent clouées au sol et que les mesures de confinement partout dans le monde paralysent les déplacements. Dans ce contexte, la demande mondiale de brut devrait dégringoler de 12 millions de barils par jour au deuxième trimestre par rapport à l’an dernier, avant une reprise timide : le repli attendu serait 6 mbj au troisième trimestre et d’environ 3,5 mbj sur les trois derniers mois de l’année.
Face à cette situation, les pétroliers se retrouvent avec des quantités de stocks sur les bras. L’administration américaine de l’information sur l’énergie a fait savoir que les stocks de brut du plus grand producteur mondial de pétrole ont augmenté de 19,25 millions de barils la semaine dernière.
Alors que les cuves des infrastructures existantes sont pleines, les pétroliers sont obligés de trouver de nouvelles solutions pour stocker le pétrole. Le premier bénéficiaire est le fret maritime. Les tankers qui servent de « stockage flottant » sont envoyés vers les pays qui ont encore des capacités de stockage. Pour l’Opep, cette situation « souligne le gonflement de la surabondance de brut et de produits dans le monde. »
Autre conséquence, pour le moment ce brut devrait rester en l’état avant d’être envoyé vers les raffineries. « Le plongeon de la consommation pourrait pousser davantage de raffineurs à réduire, ou même stopper, leurs opérations, faute d’environnement économique favorable, de capacités de stockage disponibles ou même d’employés disponibles », s’inquiète l’Opep tandis que leurs marges s’aventurent déjà en territoire négatif.
Cette baisse des cours du pétrole affecte les économies des pays exportateurs, au rang desquels figure le Gabon, l’un des membres de l’OPEP. L’or noir représente près de 70 % de ses exportations et plus de 40 % de ses recettes budgétaires.







