Gabon : Bloomberg publie un article truffé de fake news au sujet du président Ali Bongo

Ali Bongo Ondimba © DR

L’article, totalement erroné, paru ce lundi sous le titre «Gabon President Hospitalized in London as Health Deteriorates», évoque la supposée hospitalisation du président et son mauvais état de santé présumé. Ne s’appuyant sur aucun élément matériel et ne citant que des sources anonymes, celui-ci en rappelle furieusement un autre : celui dans lequel la BBC avait annoncé par erreur, en novembre 2018, la mort du président gabonais avant de se raviser et de s’excuser platement. En août denier, c’est RFI qui s’était à son tour fait épingler pour diffusion de fake news.

Pour un agence d’information du calibre de Bloomberg, c’est une bévue monumentale. « Même un stagiaire n’aurait pu rédiger un tel papier chez nous », sourit un journaliste expérimenté de L’Union, le grand quotidien institutionnel gabonais.

Ce lundi après-midi, Bloomberg a publié un article. Intitulé «Gabon President Hospitalized in London as Health Deteriorates», il est doublement problématique. Sur la forme, il ne rapporte aucun fait précis, se contentant de on-dit, et ne cite que des « sources anonymes dans l’entourage du président » car, justifie le média, « si leurs identités étaient révélées, elles risqueraient d’avoir des problèmes. »

Sur le fond, l’article est, à l’évidence, un condensé de fake news. Il y est écrit que le président gabonais serait actuellement hospitalisé à Londres et que son état de santé s’est dégradé. Ce qui est totalement faux. Le président gabonais, qui n’a pas pris de congé depuis son retour définitif au Gabon en mars dernier, effectue un séjour de courte durée, d’ordre privé et familial dans la capitale britannique. Il sera de retour prochainement au Gabon. « La semaine prochaine au plus tard », confirment plusieurs sources (elles bien réelles…). Que dira à ce moment-là Bloomberg ?

Autre erreur monumentale commise par les auteurs de l’article, révélateur de la distance qu’ils entretiennent avec la réalité, ceux-ci écrivent que le président a quitté le Gabon le 17 août, jour de la fête nationale, pour se rendre à Londres après être passé par Paris. Ici aussi, l’information est totalement erronée. Le chef de l’Etat a quitté par avion le Gabon le 25 août et s’est rendu directement en Angleterre sans faire escale en France.

Aussitôt l’article controversé publié la présidence gabonaise a réagi par voie de communiqué, dénonçant point par point, de manière factuelle, les éléments erronés.

Les journalistes de Bloomberg, probablement avides de scoops, se sont-ils fait piéger par leurs sources anonymes ? Possible. Quoi qu’il en soit, cet article, qui entache la crédibilité de cette agence de presse à la réputation internationale, en rappelle un autre : celui de la (fausse) mort d’Ali Bongo Ondimba annoncée mi-novembre 2018 par la BBC. La radio anglaise avait alors été contrainte de retirer son article de son site internet, non sans s’excuser platement (lire notre article).

Toutes choses égales par ailleurs, ces épisodes mettant en cause de grands médias internationaux rappellent le reportage de RFI sur la fête nationale diffusé le 18 août dernier. Le correspondant local de la radio française, Yves-Laurent Goma, avait écrit qu’à aucun moment, comme par le passé, le président ne s’était levé au cours du défilé militaire. Or, plusieurs témoins, mais aussi quantité de photos et plusieurs vidéos attestaient du contraire (lire notre article). Depuis, le correspondant de RFI s’est vu retirer son accréditation pour trois mois (lire notre article).

Pour ce professeur en communication de l’Université UOB, les déconvenues de Bloomberg, comme celles de la BBC ou de RFI, ne le surprennent guère. « Il fut un temps où les grands médias internationaux étaient considérés comme ayant une crédibilité irréprochable. Cela était dû à leur professionnalisme sans nul autre pareil. Mais cette époque est révolue. Aujourd’hui, dans les rédactions, on cherche avant tout le scoop pour faire des breaking news. Il faut être le premier à donner l’information et parfois on ne respecte pas toutes les règles en matière de vérification et de recoupement », explique l’universitaire.

Mais il y a plus grave selon lui. « Aujourd’hui, les journalistes sont pour la plupart devenus des procureurs. Ils donnent moins l’information que leur opinion. Le fait compte moins pour eux que le commentaire. Trump, même s’il est excessif dans la forme, n’a pas tort sur le fond quand ils dénoncent les fake news media. En France, le service public de la radio et de la télévision est complètement sous la coupe idéologique de la gauche, parfois radicale. La déconnexion est de plus en plus grande avec les citoyens comme le montre les élections. Ça n’est d’ailleurs pas un hasard si la profession de journaliste est la plus détestée par les Français, même devant celle de banquier ! », s’exclame ce spécialiste des médias.

Celui-ci rappelle que l’AFP, en février 2015 avait annoncé par erreur (décidément…) la mort de Martin Bouygues, un grand industriel français. Une bourde, là aussi, monumentale. Crédible, vous avez dit crédible ?