Opération anti-corruption au Gabon : Très chers avocats…

L'avocat Eric Dupont-Moretti © DR

Plusieurs mis en cause dans le cadre de l’opération anti-corruption Scorpion ont choisi de faire appel pour leur défense à des ténors du Barreau, au Gabon comme à Paris. Des conseils réputés pour facturer très cher leurs prestations. 

Pour assurer leur défense, les frères Laccruche, Brice et Grégory, ont fait appel au très médiatique Me Anges Kevin Nzigou. Connu pour son opposition farouche au président Ali Bongo Ondimba, ce responsable du Parti pour le changement (PLC, opposition) est en effet l’un des membres les plus en vue du collectif Appel à agir qui a mené, en 2019, une croisade juridico-médiatique afin de déclencher de la vacance du pouvoir présidentiel. En vain.

Au sein de la profession, les avis sur Me Nzigou sont très contrastés. Si certains, en particulier dans les médias et sur les réseaux sociaux, l’adulent pour son « courage » et son « abnégation », d’autres en revanche pointent volontiers du doigt son côté hâbleur, voire manipulateur. L’homme est réputé pour souvent prendre ses distances avec la réalité. La semaine dernière, il a accusé sans preuve les services spéciaux d’avoir torturé en prison l’un de ses clients (lire notre article). En novembre dernier, il avait dénoncé une tentative de kidnapping dont il aurait été la victime (lire notre article). Dans les deux cas, aucune preuve matérielle, aucun témoin. Tout repose sur les dires de l’intéressé lui-même.

Quoi qu’il en soit, fort de sa notoriété grandissante, Me Nzigou facture désormais « cher ses prestations » dont le montant « peut varier sensiblement en fonction du client », croit savoir l’un de ses confrères manifestement bien renseigné. Et pour les frères Laccruche, compte tenu de la situation, ce serait plutôt « la fourchette haute, voire très haute », assure-t-il.

Manifestement, les mis en cause ont les moyens. Car, pour assurer leur défense, ils ont également fait appel à des avocats du Barreau de Paris. Au départ, c’est Me Boris Rosenthal, connu en France pour sa défense des gilets jaunes et sa lutte contre les violences policières. « A Libreville, il s’est surtout illustré par ses esclandres auprès du personnel de la prison et des magistrats », peste une source judiciaire, ajoutant que celui-ci « n’y a pas laissé un souvenir impérissable ».

Depuis, il semblerait que les frères Laccruche aient fait appel à un autre défenseur, plus expérimenté, Me Dominique Inchauspé, qui assure également la défense dans le cadre de cette enquête de l’ex-ADG de la Gabon Oil Company (GOC), Christian Patrichi Tanasa. Cet avocat, a la carrière déjà longue, a eu à connaitre de plusieurs dossiers dans des pays d’Afrique centrale. « Ses services ne sont pas à la portée de toutes les bourses. Il faut y mettre le prix », confie l’un de ses confrères africains qui a plaidé une affaire à ses côtés.

Que dire en ce cas de Me Eric Dupont-Moretti, considéré comme « la » star actuelle des Barreaux ? Celui que l’on surnomme « Acquitator » est l’avocat de l’ex-porte-parole de la Présidence, d’Ike Ngouoni, et de son assistante, Sandy Ntsame. Lui et son collaborateur, Me Antoine Vey, se sont rendus à Libreville du 21 au 23 janvier pour s’entretenir avec leurs clients, a indiqué Jeune Afrique dans son dernier numéro.

Me Dupont-Moretti est réputé pour défendre les stars (Karim Benzema dans l’affaire de la sextape…), les cas compliqués (Abdelkader Merah, Patrick Balkany…) mais aussi pour s’intéresser de près ces dernières années à l’Afrique centrale où les honoraires d’avocats sont réputés particulièrement juteux.

Début de polémique au Gabon

Au Gabon, le recrutement de ces ténors du Barreau, parisien pour l’essentiel, a crée un début de polémique. « Comment des personnes qui ne sont pas des chefs d’Etat ni de grands entrepreneurs, mais qui étaient fonctionnaires ici au Gabon ont-ils les moyens de se payer de tels conseils ? », se demande une source proche du dossier.

Sur les réseaux sociaux, certains n’hésitent pas à faire le rapprochement entre les fonds présumés détournés par les intéressés, une accusation qui les a conduits en prison et leur capacité à s’acquitter d’honoraires dont le montant global devrait largement et rapidement excéder le milliard de francs CFA.