
Ces dernières heures, une tribune publiée sur le site d’information pro-opposition Gabon Review est largement commentée sur les réseaux sociaux. Parue mardi 18 août sous le titre « Indépendance l’An X / Discours à la Nation : la méthode Coué », elle renvoie dos à dos le chef de l’Etat gabonais et son opposant. Les internautes en sont convaincus, le véritable auteur de cette tribune au vitriol n’est autre que… l’opposant Jean Gaspard Ntoutoume Ayi. Explications.
Elle a beau officiellement être signée sous un autre nom, beaucoup en sont convaincus. C’est Jean Gaspard Ntoutoume Ayi le véritable auteur de la tribune parue hier, mardi 18 août, sous le titre « Indépendance l’An X / Discours à la Nation : la méthode Coué ».
Sans surprise, de manière pavlovienne, l’opposant, connu pour sa faible propension à la nuance, s’en prend au chef de l’Etat. Mais, plus surprenant en apparence, il s’en prend encore plus violemment à l’ex-leader de l’opposition, Jean Ping, qu’il accuse de « se poser en continuateur d’Hassan II » et de n’être motivé que « par un désir de se substituer au pouvoir établi ». Le reste du propos est du même acabit ; dévastateur pour le candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2016 (lire l’article).
Aussitôt après sa publication, les internautes gabonais, parmi les plus avertis, n’ont pas manqué de révéler le pot-aux-roses. Pour eux, la chose est entendue. L’auteur du texte n’est pas celui qui le signe officiellement – une certaine Roxanne Bouenguidi – mais… Jean Gaspard Ntoutoume Ayi. Ils en veulent pour preuve plusieurs éléments.
« Tout d’abord », comme l’explique l’un d’eux, qui travaille aujourd’hui pour un site d’information concurrent, « Roxanne Bouenguidi n’est pas une véritable personne. C’est un alias utilisé par Gabon Review pour signer les articles qui sont plus ou moins commandés, publier des tribunes de façon anonyme ou encore attaquer une personnalité sans exposer son commanditaire », explique cette source très informée, qui a travaillé un temps aux côtés du responsable de ce site d’information, François Ndjimbi.
Ensuite, avance cette fois-ci un journaliste politique à l’œil averti, l’une des plumes d’un grand quotidien du pays, « on reconnait aisément le style de Jean Gaspard Ntoutoume Ayi. Certaines tournures sont caractéristiques. Par exemple, il a un tic d’écriture consistant à citer abondamment, à l’excès même, la méthode Coué. C’est le cas dans les textes qu’il écrit comme sur les réseaux sociaux. Cela est d’ailleurs facile à vérifier« , renseigne le journaliste. En effet, dans la tribune publiée hier sur Gabon Review, Emile Coué se voit cité tout comme sur le compte Facebook de l’intéressé il y a trois jours à peine (voir infra).
Source : Compte Facebook de Jean Gaspard Ntoutoume Ayi
En outre, relèvent d’autres internautes, le propos de cette tribune pave en réalité la voie pour un troisième homme. « Si Ali Bongo et Ping sont disqualifiés, la voie est libre pour un troisième homme. Donc pourquoi pas Jean Gaspard Ntoutoume Ayi », fait observer sur Facebook Marc, chargé de cours à l’UOB. Selon lui, « le propos transpire le plaidoyer pro domo« , ce qui accrédite un peu plus la thèse de son écriture par l’intéressé (à tous les sens du terme…) lui-même.
Les mêmes critiques anonymes contre Ping dans Jeune Afrique en décembre 2018
Enfin, fait remarquer le journaliste d’un grand quotidien gabonais cité plus haut, « ça ne serait pas la première fois que Jean Gaspard Ntoutoume Ayi s’en prend, de façon anonyme dans les médias à Jean Ping, qu’il considère comme démonétisé ». Déjà, en décembre 2018, dans un article paru dans Jeune Afrique, l’hebdomadaire panafricain citait abondamment un opposant, membre du collectif Appel à agir, qui ne tarissait pas de critiques à l’encontre du patron de la CNR. A l’époque déjà, il n’avait pas fallu plus de quelques heures au microcosme médiatico-politique librevillois pour acquérir la certitude que cet opposant, membre d’Appel à agir, cité comme une source anonyme, n’était autre que Jean Gaspard Ntoutoume Ayi.
En s’en prenant à Jean Ping, Ntoutoume Ayi vise également l’un de ses plus fidèles alliés, Zacharie Myboto, le président de l’Union Nationale (UN), avec lequel Ntoutoume Ayi, pourtant toujours membre de ce parti, est à couteaux tirés. « Affaiblir Ping, c’est s’en prendre à Myboto au moment où celui-ci s’apprête à confier les rênes de son parti à un autre que Ntoutoume Ayi, qui guigne la fonction, la considérant comme une rampe de lancement en vue de la présidentielle de 2023 », indique un politologue gabonais.
Or, à la présidentielle, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi y pense chaque jour, en se rasant ou pas, selon l’expression consacrée. « Ça n’est un secret pour personne, Ntoutoume Ayi nourrit les plus hautes ambitions pour lui-même », confirme ce politologue. Manière pudique de souligner que l’homme se fait une très haute idée de sa personne. « C’est un vantard. Il est d’ailleurs très fier de son diplôme d’énarque, la seule chose qu’il est véritablement réussi dans sa carrière. C’est dire », grince un de ses rivaux au sein de l’UN. « Il porte son diplôme comme une médaille en bandoulière », confirme un autre, s’empressant d’ajouter que « depuis Ntoutoume Emane, ça ne leurre plus personne ici ». « Chacun sait ici désormais que c’est tout sauf une référence », cingle-t-il.
Reste qu’il faudra beaucoup plus à Jean Gaspard Ntoutoume Ayi que des tribunes anonymes pour déblayer le chemin vers la présidentielle. Celui-ci est en effet, du côté de l’opposition, semé d’embûches et d’ambitieux. Et, parmi ses détracteurs, nombreux, on se plaît à souligner que lors de la dernière élection à laquelle il a participé (les législatives d’octobre 2018, NDLR), Ntoutoume Ayi n’a pas été capable de franchir le premier tour. Dans sa circonscription d’Akanda, il n’a pu réunir que 19,13 % (lire notre article). Un résultat plus que modeste, loin de laisser augurer un destin national.







