Gabon : Jean Gaspard Ntoutoume Ayi accusé de « profaner » la mémoire d’André Mba Obame par l’entourage de Zacharie Myboto

L'opposant gabonais, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi © Facebook

Le torchon brûle au sein de l’Union nationale entre le clan Myboto et Ntoutoume Ayi qui brigue ouvertement la présidence du parti. Après avoir attaqué Jean Ping cette semaine, ce dernier s’en serait pris à André Mba Obame, le co-fondateur de l’UN, dans une interview parue ce vendredi . C’est ce qu’estiment en tout cas une partie de l’entourage proche du président du l’UN, Zacharie Myboto. 

Entre le clan Myboto et Ntoutoume Ayi, rien ne va plus. « Les couteaux sont tirés. C’est petit meurtre entre amis au sein du parti », commente, mi-amusé mi-dépité, un responsable de cette formation de l’opposition.

Ces derniers jours, les tensions se sont encore aggravées. En cause, la publication en début de semaine par Ntoutoume Ayi d’une tribune publiée sous alias sur le site d’information Gabon Review dans laquelle il s’en prend vertement à Jean Ping, l’allié de Zacharie Myboto (lire notre article).

Rebelote quelques jours plus tard. Dans une interview publiée vendredi 21 août sur un autre site d’information, Gabon Infos, Ntoutoume Ayi, connu pour avoir la critique facile et sans nuances, rejette d’un bloc la gouvernance de ces 60 dernières années.

Des propos qui ont eu l’heur de déplaire à l’entourage du patriarche Myboto. « De tels propos, pour le moins manichéens, sont caricaturaux. Tout n’est pas blanc ou noir (…) Au passage, Jean Gaspard oublie que Jean (Ping), qui est notre allié aujourd’hui, a été pendant 30 ans l’une des principales chevilles ouvrières du système », peste l’un des vice-président de l’UN, proche de la fille du président, Chantal Myboto.

Mais c’est sur un autre point que se concentrent l’essentiel des critiques. « Ntoutoume Ayi à la mémoire courte. Il a été le collaborateur d’un des fondateurs de l’UN, feu André Mba Obame. Or, celui-ci a été un pilier du régime durant plusieurs années. Nier ce fait, c’est renier la mémoire d’André, je dirais même plus la profaner », cingle un autre responsable de l’UN, proche, lui, de Casimir Oyé Mba.

Guerre larvée de succession à la tête de l’UN

Si les critiques, fondées ou pas, contre Ntoutoume Ayi sont de plus en plus vives, c’est aussi parce que Zacharie Myboto, 82 ans, doit prochainement céder les rennes du parti. Or, les prétendants au poste sont nombreux. Et Ntoutoume Ayi, c’est peu de le dire, ne part pas favori (lire notre article).

Sa candidature est en effet plombée par des résultats politiques médiocres (il a été battu dès le premier tour des législatives à Akanda en octobre 2018). Surtout, Ntoutoume Ayi souffre de solides inimitiés au sein du parti. Il traîne en particulier derrière lui une réputation d’arrogance.

« Il se croit intelligent car il est diplômé de l’ENA en France. Mais, outre le fait qu’il ne s’agit pas d’une référence, il n’a jamais rien fait d’autre dans sa vie », raille un membre du bureau politique de l’UN qui soutient la candidature de Paulette Missambo.

Son point de vue est assez largement partagé au sein de la direction du parti. « Ntoutoume Ayi n’est pas un acteur politique. C’est un commentateur. Mais c’est sur le terrain qu’on fait de la politique. Pas dans les salons ou dans les médias », ironise l’un. « Ntoutoume Ayi, c’est un peu l’Iznogoud de la vie politique gabonaise. Il a telle opinion de lui-même qu’il se rêve calife à la place du calife », abonde, dans le même sens, un autre.

Ntoutoume Ayi, l’Iznogoud de la vie politique gabonaise

Justement, pour être calife à la place du calife, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi le sait. Il a impérativement besoin de s’imposer à la tête de l’UN avant de pouvoir espérer rallier derrière lui le reste de l’opposition dans la perspective de la présidentielle de 2023. Or, s’il rate la première marche, il lui sera impossible d’atteindre la seconde. D’où son offensive actuelle dans les médias et ses attaques contre son propre camp.

Mais pour beaucoup, si le pari est osé, il a très peu de chance d’aboutir. « Jean Gaspard se croit intellectuellement supérieur. Il a toujours eu une trop haute idée de lui-même. C’est bien par certains égards car ça donne de la confiance en soi. Mais ça fait perdre encore plus souvent le sens des réalités (…) Jean Gaspard a, par exemple, toujours eu du mal par à jauger des rapports de force, ou encore à s’imposer au sein d’un groupe car son tempérament le pousse à être cassant. Or, en politique, il faut savoir créer de l’empathie pour susciter de l’adhésion », résume, perspicace, un de ses ex-amis, qui fut lui aussi un fidèle compagnon d’André Mba Obame.

Des traits de caractère qui font que les ambitions de Ntoutoume Ayi semblent davantage relever de la Chimère que du réalisme. C’est en tout cas la conviction de nombre de ses « camarades » au sein de l’opposition.