
Après avoir omis de présenter publiquement ses condoléances à Alexandre Barro Chambrier suite au décès de son père vendredi, Jean Ping s’est tardivement, sous la pression des réseaux sociaux et des médias, résolu à le faire hier lundi. Pour ses partisans, ce « contretemps » serait en réalité dû à… Denis Sassou Nguesso. Explications.
Comment sauver les apparences ? C’est la question à laquelle Jean Ping a tenté de résoudre ce weekend suite au décès vendredi de l’ancien président de l’Assemblée nationale, Marcel Éloi Rahandi Chambrier.
Lui qui est d’habitude si prompt à saluer la mémoire des personnes disparues (lire notre article) s’est cette fois-ci étrangement abstenu.
En réalité, le mutisme observé en l’espèce par le patron de la CNR est tout sauf inexplicable, selon ce professeur en science politique de l’UOB, l’un des meilleurs connaisseurs de la vie politique au Gabon.
« Il faut distinguer ce qui relève de sa relation entre le père et le fils. Jean Ping n’a jamais pardonné à Marcel Éloi Rahandi Chambrier d’avoir pris fait et cause en 2016 pour Ali Bongo Ondimba contre lui lors de l’élection présidentielle de 2016. Il en a nourri une amertume et un ressentiment profonds. Ensuite, il n’est un secret pour personne que le fils du défunt, Alexandre Barro Chambrier, souhaite se présenter lors des prochaines élections sous l’étiquette de la Coalition pour la Nouvelle République en lieu et place de Jean Ping qu’il considère comme trop âgé pour tenter à nouveau sa chance », explique avec clarté l’universitaire.
La faute à Denis Sassou Nguesso ?
Mais face à la multiplication des messages sur les réseaux sociaux s’indignant de son manquement aux convenances les plus élémentaires, Jean Ping a fini par craquer. Tardivement.
C’est seulement hier, lundi, en effet, qu’il s’est rendu au domicile de son fils pour accomplir son devoir. « J’ai tenu à rendre visite à la famille de l’illustre disparu saluer la mémoire de l’homme d’Etat qu’a été Dr Marcel Eloi RAHANDI CHAMBRIER plusieurs fois ministre et ancien Président de l’Assemblée Nationale. À l’ensemble de la famille éprouvée, les condoléances de la République », s’est empressé d’écrire Jean Ping sur son compte Twitter, comme on exhiberait un trophée, pour tenter d’éteindre la polémique.
Mais pour ce farouche partisan de l’opposant, proche parmi les proches, ce contretemps ne serait en réalité pas volontaire. « Jean (Ping) n’a pas voulu se rendre dès le vendredi au domicile d’Alexandre (Barro Chambrier) car Denis Sassou Nguesso y était également », assure-t-il, droit dans ses bottes, ajoutant que le patron de la CNR « n’a tout simplement pas souhaité communiquer publiquement avant ».
Entre Chambrier et Ping, des échanges cordiaux mais froids
En effet, le président congolais était bien à Libreville ce vendredi pour le sommet de la CEEAC, organisation dont il a pris la présidence tournante (lire notre article). Et il en a profité pour rendre une visite de courtoisie à Alexandre Barro Chambrier dont la femme n’est autre que sa nièce. Sassou Nguesso estime en effet que Barro Chambrier est le candidat le plus solide au sein de l’opposition gabonaise (qu’il considère comme son principal relais d’influence au Gabon)… au grand dam de Jean Ping (que Sassou Nguesso avait pourtant soutenu en 2016) qui n’a pas fait son deuil de se présenter à nouveau en 2023 lors de la prochaine élection présidentielle et qui voit en Barro Chambrier fils l’un de ses rivaux les plus dangereux.
Pas étonnant dans ces conditions qu’hier, les échanges entre les deux hommes, ont été, selon de nombreux témoins présents, « cordiaux mais froids ». Loin, très loin de la chaleur d’autrefois.







