
Trois filiales de la Gabon Oil Company vont être dissoutes. La décision a été actée en conseil des ministres ce vendredi 14 août. Éminemment symbolique, elle incarne la volonté de transparence du chef de l’Etat gabonais qui s’est lancé dans une lutte forcenée contre la corruption dans son pays.
Coup de tonnerre à Libreville.
La Gabon Oil Company, ex-Société nationale des hydrocarbures du Gabon, va être profondément remaniée ; d’aucuns disent démantelée.
Cette compagnie d’Etat, créée par le décret présidentiel le 24 août 2011, véritable institution dans ce pays producteur de pétrole, est au cœur depuis près d’un an d’un vaste scandale de détournements de fonds. Son ex-administrateur directeur général, Christian Patrici Tanasa a été mis en prison en décembre dernier, de même que l’ex-directeur de cabinet de la Présidence, Brice Laccruche Alihanga, qui est accusé de complicité.
Selon le quotidien institutionnel L’Union, la bagatelle de 85 milliards de francs CFA se seraient évaporés des caisses de l’entreprise (lire notre article).
Dans le cadre de son programme d’appui triennal au Gabon, conclu en 2017, le FMI avait posé pour conditions, en contrepartie, notamment la révision du mode de fonctionnement de la GOC. Brice Laccruche Alihanga s’y était à l’époque fermement opposé.
Depuis, l’opération anti-corruption Scorpion est passée par là. Une vingtaine d’ex-hauts responsables publics (dont MM. Tanasa et Alihanga) ont été interpellés et incarcérés sous fond de soupçons de corruption, détournement de fonds publics, blanchiment, faux et usage de faux.
Le 13 juin dernier, à l’issue d’un conseil des ministres, la fusion programmée en juin 2019 avec la Sogara avait été annulée (décision confirmée ce 14 août). Un nouveau pas a été franchi hier avec la dissolution de trois filiales de la GOC : Gabon Oil marketing, Gabon Logistics & Services et Gabon Engineering & Construction dont certaines étaient devenues avec le temps de « véritable trous noirs », caractérisés par un fonctionnement « opaque ».
Décision personnelle du président Ali Bongo Ondimba
Aujourd’hui, la GOC est profondément remaniée et la fusion avec la Sogara, société d’Etat créée il y a 57 ans, dont nombre d’activités avaient fini par doublonner avec celles de la Gabon Oil Company, définitivement abandonnée.
« C’est une décision plus judicieuse que la dissolution pure et simple de la structure. Jeter le bébé avec l’eau du bain n’aurait eu aucun sens », explique, un économiste, basé à Port-Gentil, et spécialisé dans le secteur pétrolier.
Pour les observateurs, la dissolution des filiales de la GOC et sa refonte en profondeur, une décision personnelle du président Ali Bongo Ondimba, est le signe de la volonté de ce dernier de s’attaquer structurellement et en profondeur à la corruption dans son pays. Selon une source interne, l’objectif est de rendre plus lisible et plus transparent le fonctionnement de l’entreprise.
Une nécessité à l’heure où la crise mondiale liée au Covid-19 impose à l’ensemble des gouvernants de la planète une gestion encore plus rigoureuse qu’à l’accoutumée des deniers publics.







