[Analyse] Pourquoi le recensement biométrique des agents publics au Gabon est une véritable « Révolution de velours »

La ministre de la Fonction publique, Madeleine Berre, remettant au président Ali Bongo Ondimba le rapport sur le recensement biométrique des agents de l'Etat le 3 juin 2021 © DR

Le rapport définitif de l’opération de recensement biométrique des agents de l’État, entrepris de septembre à décembre 2019, a officiellement été remis en fin de semaine dernière au président de la République Ali Bongo Ondimba par la ministre de la Fonction publique, Madeleine Berre. Sous des atours techniques, il s’agit d’une véritable « révolution douce » qui témoigne de la volonté de l’Etat gabonais de se réformer en profondeur. Explications.

Jeudi 3 juin, la ministre de la Fonction publique a remis au président de la République, le rapport définitif de l’opération de recensement biométrique des agents de l’État, réalisée de septembre à décembre 2019.

Il s’agit d’un tournant. Pour la première fois, les autorités gabonaises disposent d’une base de données fiable sur ses ressources humaines. 98.500 agents valablement été recensées. 2 500 autres, pourtant payés par la Solde, ne l’ont pas été.

« C’est une opération qui nous a permis d’avoir une cartographie exacte des agents publics de l’État, en dehors de ceux qui sont en stage à l’étranger et dans les représentations diplomatiques. Elle nous permettra de bâtir une véritable politique de ressources humaines dans les perspectives de la performance et surtout de la maîtrise du recrutement au niveau de la Fonction publique », a déclaré, pas peu satisfaite, la ministre de la Fonction publique, Madeleine Berre.

Afin de traiter le cas des 2 500 agents, réputés pour l’heure fictifs, des commissions ad hoc ont été mis en place. « Nous sommes en train d’examiner les situations des 2500 agents absents du recensement, dans le cadre des commissions que nous avons mises en place au niveau de la Fonction publique, notamment la commission de litige, la commission de redéploiement et la commission de renforcement de capacité », a indiqué la ministre.

Sous couverts d’atours très techniques, il s’agit pour le Gabon d’une véritable « Révolution de velours », en référence à la révolution douce, sans effusion de sang, qui a eu lieu en Tchécoslovaquie en 1989.

D’abord, comme l’a expliqué Madeleine Berre, ce recensement est un formidable outil qui permettra d’optimiser la gestion des ressources humaines de l’État, notamment en évaluant mieux sa productivité. Et par exemple, augmenter dans certains secteurs ou à certains endroits le nombre de fonctionnaires et le réduire ailleurs.

Volonté plus générale de ne payer que ce qui est réellement dû

Ensuite, ce recensement signe la fin des fonctionnaires fictifs, n’occupant aucun poste et recevant pourtant leur solde à la fin du mois. Sachant que la masse salariale de la Fonction publique constitue une part importante des dépenses de fonctionnement de l’Etat gabonais, l’économie réalisée sera substantielle.

Au final, ce recensement s’inscrit dans une volonté plus générale des autorités gabonaises de ne payer que ce qu’elles doivent effectivement comme en témoignent, dans des registres très différents, les travaux de la task force sur la dette intérieure, la lutte contre la corruption, particulièrement vigoureuse depuis un an et demi, ou encore les recours introduits à l’encontre d’opérateurs peu scrupuleux qui tentent de se faire payer indûment devant des cours d’arbitrage des prestations non réalisées (lire notre article).