
Mardi 31 décembre au soir, le chef de l’Etat gabonais a sacrifié au rituel très attendu des vœux à la Nation. Mais il n’était pas le seul. La soirée de la Saint-Sylvestre est traditionnellement l’occasion pour l’opposition, politiques comme activistes, de s’offrir leur quart d’heure de gloire warholien. Passage en revue.
A tout seigneur, tout honneur, le président Ali Bongo Ondimba a ouvert hier soir la séquence des vœux à travers une allocution radio-télévisée d’une bonne quinzaine de minutes. C’est la première fois, depuis son AVC en octobre 2018 dont les séquelles sont désormais largement estompées, que le numéro un gabonais, manifestement très à son aise, livre un discours aussi long, dont la durée égale ou excède cette année celle de ses pairs (Alassane Ouattara, Ibrahim Boubacar Keïta, Macky Sall, etc.).
Sur le fond, le chef de l’Etat a affiché sa fermeté dans la lutte contre la corruption (« ceux qui s’adonneront à des pratiques répréhensibles seront tous sanctionnés sans exception, avec une extrême sévérité ») et sa détermination à améliorer rapidement les conditions de vie des Gabonais (« la priorité sera toujours donnée à vos préoccupations quotidiennes ») en insistant sur la nécessité de passer d’une logique d’annonces à une logique de résultats.
Au même moment, Jean Ping, le candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2016, faisait lui-aussi une allocution. De qualité médiocre, la vidéo de ses vœux a été diffusée sur les réseaux sociaux. Sans surprise, l’ex-leader de l’opposition, qui a perdu un à un ses principaux soutiens, a joué les Cassandre. « L’année 2019 s’achève, je sais qu’elle fut encore difficile, voire insupportable pour la majorité d’entre nous. La crise multidimensionnelle, commencée il y a trois ans, n’a pas fini de faire sentir ses effets et nombreux sont ceux qui ont perdu tout espoir de lendemains meilleurs », a tonné sans s’encombrer de nuances l’ex-pilier du régime d’Omar Bongo, cravate rouge de travers.
Autre figure de l’opposition, Alexandre Barro-Chambrier, le président du RPM (ex-RHM), a souhaité se démarquer du leader de la CNR, se faisant plus positif. « J’émets le vœux que davantage de citoyennes -citoyens s’investissent pour créer les conditions d’une meilleure année 2020 pour le Gabon », s’est-il contenté plus sobrement d’exprimer.
Quart d’heure de gloire warholien
Outre les politiques, le 31 décembre est aussi l’occasion pour les activistes gabonais de s’offrir sur les réseaux sociaux ou, pour les plus chanceux d’entre eux, dans les médias, leur quart d’heure de gloire warholien.
Le premier à se manifester, en espérant être repris par les médias, n’est autre que Marc Ona Essangui, membre du collectif Appel à agir. Pour ce faire, le militant pro-opposition, connu pour relayer des fake news, a volontiers joué les Pythies. « Discours à la Nation du président, comme je l’ai mentionné dans mon précédent Twitt (sic !), du réchauffé, et toujours du réchauffé. De l’autosatisfaction. On clame un état de droit dans un pays où les vrais pillards de la République ne sont pas inquiétés », a-t-il indiqué sur Twitter dans un message davantage destiné aux médias internationaux dont il est réputé être un bon client.
De son côté, Mays Moussi a cette année fait les choses en grand, rédigeant un discours de vœux au titre prométhéen « Pour que le Gabon retrouve le chemin de sa véritable destinée », diffusé sur les réseaux sociaux. Fidèle à son habitude, l’activiste y endosse le rôle de prophète de l’Apocalypse. « Au moment où débute l’année 2020 (…), je voudrais attirer l’attention de tous sur la situation du Gabon qui ne s’est jamais porté aussi mal », cingle l’activiste. Le ton est donné. Le reste est à l’avenant.

Ce propos catastrophiste fait toutefois sourire ce jeune député du PDG (parti au pouvoir) élu pour la première fois en octobre 2018. « En ce 31 décembre, chacun essaie de tirer la couverture médiatique à lui. C’est l’occasion de s’offrir son quart de gloire warholien. Tout ça est de bonne guerre. Et comme les médias et les réseaux sociaux ont une logique binaire, plus vous noircissez le tableau, plus vous avez de chances de retenir l’attention (…) C’est ce qui explique que nous ayons autant de personnages à l’image de celui dans l’album de Tintin, L’étoile mystérieuse, qui déambule dans les rues, prédisant l’arrivée du châtiment dernier en tapant dans une casserole comme sur un tambour (voir photo ci-dessus) », commente-t-il, plus amusé qu’excédé. « Question d’habitude », confie-t-il, sourire aux lèvres.
L’un des collègues à l’Assemblée nationale, membre du RV, se fait lui plus tranchant. « Tout ce qui est excessif est insignifiant », lâche-t-il, en citant Talleyrand.







