[Série 3/6] Divorce, code civil, conjoint survivant… Les propositions chocs du rapport sur l’égalité femme-homme au Gabon en matière de droit de la famille

La Fondation Sylvia Bongo Ondimba pour la famille propose de revenir sur les inégalités en droit qui pénalisent aujourd'hui les femmes au Gabon © Facebook / FSBO

Mercredi 30 septembre, le chef de l’Etat gabonais, Ali Bongo Ondimba, a reçu des mains de son épouse, Sylvia Bongo Ondimba, fondatrice de la Fondation éponyme, une Stratégie de promotion des droits de la femme et de la réduction des inégalités femme/homme. Élaborée par une équipe pluridisciplinaire, celle-ci contient 33 mesures réparties en six domaines (éducation, santé, droit de la famille, politique, économie, violences faites aux femmes) à mettre en œuvre sur une période de 3 ans. L’objectif renforcer les droits des femmes et lutter contre les inégalités entre les genres au Gabon. Des propositions, aussitôt endossées par le chef de l’Etat qui y voit une opportunité pour donner une « nouvelle impulsion » à la Décennie de la femme lancée en 2015. Celui-ci a donné instruction au gouvernement de faire le nécessaire pour les retranscrire en droit et les rendre applicables dans les faits. Voici celles qui concernent le domaine du droit de la famille. 

Le droit de la famille gabonais consacre le rôle du mari en tant que chef de famille et comporte ainsi plusieurs dispositions discriminatoires à l’encontre des femmes. En effet, selon la loi, la femme doit l’obéissance à son mari qui est lui-même chargé d’administrer les biens du ménage.

Dans la pratique, ce type de dispositions complexifie la reconnaissance et les poursuites liées aux violences domestiques et entrave l’autonomie financière des femmes. Les divorces sont relativement rares au Gabon et ne peuvent être réalisés par consentement mutuel. En effet, ceux-ci requièrent généralement la preuve d’une faute qui peut être en pratique plus difficile à établir par une femme et en particulier en cas d’adultère.

De plus, il ressort que seulement 52% des mariages sont célébrés de manière civile qui est le seul type de mariage reconnu et offrant une protection aux époux dans le cadre du contrat de mariage et lors de la dissolution de ce contrat.

Par conséquent, les 48% de couples mariés selon la coutume uniquement ne sont pas reconnus par l’Etat, ce qui conduit à une plus grande vulnérabilité des femmes, qui ne bénéficient d’aucun droit ni protection, notamment en cas de :
– succession de leur défunt mari (aucun droit sur la succession ou les biens à faire valoir);
– séparation imposée par le mari, bien que interdit dans le cadre du mariage civil, la femme mariée selon la coutume peut dans la pratique être contrainte de se séparer de son mari sans autre forme de jugement ni de compensation et avec le risque de perdre ses droits sur les enfants qui par principe seront considérés comme ceux de l’homme;
– désaveu de la paternité tandis qu’une naissance dans un couple marié civilement ne peut être désavouée.

La polygamie est une pratique profondément ancrée dans la société gabonaise qui concerne 9 % des hommes mariés et 22 % des femmes mariées. Si cette pratique est légale et reconnue dans un régime matrimonial adapté, dans les faits elle génère de l’insécurité juridique pour la femme.

Pour encadrer la polygamie et dans le respect des principes de l’Islam, la législation marocaine qui autorise la polygamie, l’encadre de manière plus stricte avec notamment des dispositions prévoyant l’accord de la première épouse et un principe d’égalité entre les épouses.

Les femmes en situation de veuvage (largement majoritaires parmi les conjoints survivants) peuvent faire l’objet de spoliations par leur belle-famille, le patrimoine devant traditionnellement rester dans la famille du mari défunt (surtout en cas de mariage coutumier ne donnant aucun droit en cas de succession).

Dans la pratique, 20 % des veuves se considèrent comme spoliées et à cela s’ajoute le maintien des pratiques rituelles qui portent atteinte à la dignité humaine et menacent ces femmes d’exclusion sociale.

Recommandations majeures

– Améliorer la symétrie des conditions des divorces entre hommes et femmes en autorisant, par exemple, le divorce par consentement mutuel et le divorce pour violences conjugales.
– Réviser le code civil pour lutter contre les dispositions discriminatoires à l’encontre des femmes telles que la disposition autorisant le mari d’interdire à sa femme de travailler ou l’interdiction faite aux femmes de travailler pendant la nuit dans un établissement industriel.
– Renforcer la protection en faveur des droits des conjoints survivants.