Rencontre entre Ali Bongo Ondimba et Faustin-Archange Touadéra : pour le président centrafricain, le retrait des troupes gabonaises de RCA est « totalement injustifié »

Le président Ali Bongo Ondimba a reçu son homologue centrafricain Faustin-Archange Touadéra ce mercredi 13 octobre 2021 à Libreville © DR

Trois semaines après le renvoi du contingent gabonais sur la base d’allégations d’agression sexuelle qui se sont totalement dégonflées depuis, le chef de l’Etat centrafricain est venu ce mercredi 13 octobre à Libreville rendre visite à son homologue gabonais. Et lui dire, les yeux dans les yeux, ce qu’il pensait de ce dossier décidément bien troublant. « Quand la vérité éclatera, l’honneur du Gabon sera lavé et ses soldats pour revenir en Centrafrique », a-t-il indiqué.

Il est venu lever toute équivoque. Se désolidariser d’une position qui n’est pas la sienne.

Ce mercredi 11 octobre, le président centrafricain, Faustin-Archange Touadéra, s’est rendu à Libreville pour échanger avec son homologue, le président Ali Bongo Ondimba.

L’entretien, qualifié de « très chaleureux et amical », s’est tenu trois semaines après le renvoi dans des conditions troublantes des troupes gabonaises de la Minusca.

Depuis, une enquête a été ouverte à la demande de l’ONU et sous sa supervision. Le problème, c’est que les cinq prétendues accusatrices qui auraient fait état d’agressions sexuelles se sont évanouies dans la nature. Seule une jeune femme de 21 ans a reconnu une « relation consentie » et demande une forme de pension alimentaire pour l’enfant né de cette relation.

Ce qu’a confirmé le président centrafricain lors de sa conférence de presse au sortir de son entretien avec Ali Bongo Ondimba. « A ce jour, nous, autorités centrafricaines, n’avons reçu aucune plainte », a indiqué Faustin-Archange Touadéra.

On est donc loin, très loin des allégations d’abus sexuels généralisés qui ont, selon toute évidence, servi de prétexte à l’ONU pour renvoyer le contingent gabonais, pourtant présent en RCA depuis 25 ans sans discontinuité et qui a versé le prix du sang pour le voisin centrafricain.

Quelques jours à peine après le départ fin septembre du contingent gabonais, les autorités centrafricaines avaient déjà émis des doutes quant à la justification réelle de cette décision. « Nous ne croyons pas à la version officielle », indiquait un intime du président centrafricain (lire notre article). Un sentiment corroboré par les investigations des journalistes centrafricains sur place (lire notre article).

C’est ce message qu’est venu réitérer ce lundi à Libreville Faustin-Archange Touadéra. « Il l’a dit au président Ali Bongo Ondimba. Pour lui, le renvoi des troupes gabonaises de notre pays est totalement injustifié. Il apparait de plus en plus clairement qu’on a voulu trouver un prétexte pour les renvoyer », a confié au sortir du rendez-vous entre les deux chefs d’Etat un membre de la délégation centrafricaine.

Jeudi dernier, lors de sa conférence de presse, le porte-parole de la Présidence gabonaise, Jessye Ella Ekogha, avait rendu compte des premières conclusions de l’enquête sur place. Le dossier est totalement vide, a-t-il fait observer, dévoilant les conclusions préliminaires de l’enquête (lire notre article). Des propos qui rejoignent ceux du ministre de la Défense.

S’exprimant la même semaine devant les députés au sujet de l’enquête relative aux causes du retrait du contingent gabonais de la mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique (Minusca), Michaël Moussa-Adamo avait assuré que les cinq filles qui auraient été identifiées comme des victimes d’exploitation et d’abus sexuels, n’existaient tout simplement pas.

Dans cette affaire pour le moins troublante, nombreux sont les observateurs à douter de la version officielle. Selon eux, les véritables causes de ce départ seraient davantage à rechercher du côté des bonnes relations entre Libreville et Moscou ou encore de l’adhésion prochaine du Gabon au Commonwealth, mal perçues par certains partenaires non-africains de la Minusca.

C’est ce qui ressort des propos de Faustin-Archange Touadéra ce mercredi en conférence de presse. Après avoir indiqué qu’il avait demandé à ce que son pays soit associé à l’enquête qui, pour l’heure, n’est diligentée que par la seule ONU – ce qui n’est pas, selon lui, « sans poser problème » -, il a lancé cette phrase aux allures de prophétie : « quand la vérité éclatera, l’honneur du Gabon sera lavé et ses soldats pour revenir en Centrafrique ».