Polémique au Gabon après les déclarations xénophobes du secrétaire provincial de l’Union nationale (opposition) dans le Woleu-Ntem

Jean Christophe Owono Nguema © JA

Lors d’une rencontre avec une poignée de militants de l’Union nationale la semaine dernière à Oyem, chef-lieu du Woleu-Ntem, province septentrionale du Gabon, Jean Christophe Owono Nguema a tenu des propos choquants. Si certains sympathisants ont marqué leur réprobation, aucun dirigeant national de cette formation d’opposition n’a daigné s’exprimer sur le sujet. 

Il est des silences qui en disent plus que les mots. C’est le cas de celui de la direction de l’UN après les propos xénophobes tenus la semaine dernière par son responsable provincial dans le Woleu-Ntem.

« Quand les gens du pouvoir (…) vont venir annoncer que c’est celui qui a perdu qui a gagné, qu’est-ce qu’on fait ? C’est là où nous devons montrer que nous sommes des hommes et nous sommes des Gabonais, fiers de l’être (…) Dans le cas contraire, on se cache et on laisse le pays aux étrangers », a déclaré Jean Christophe Owono Nguema qui fut jusqu’en 2017 l’un des vice-présidents du Sénat.

Des propos qui ont choqué au-delà des frontières du pays. « La politique, c’est créer du commun. Unir, rassembler. Faire de telles déclarations, c’est attiser la haine. Il faut se rappeler que la violence verbale est le premier pas vers la violence physique », alerte un responsable du Comité des Nations Unies pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD).

Le bon et le mauvais racisme

Au Gabon, les réactions sont pour l’heure limitée. « Ces propos sont extrêmement choquants. Ils visent le président (Ali Bongo Ondimba) dont une rumeur absurde voudrait qu’il soit né au Biafra, et son épouse (Sylvia Bongo Ondimba), qui est née française, mais qui est plus gabonaise que bien des personnes ici », réagit un député.

Aucun grand responsable politique n’a toutefois condamné ces propos, regrette cette responsable d’une organisation de la société civile. « On ne peut d’un côté s’indigner que le président tunisien tient des propos abjects contre les migrants subsahariens ou crier au racisme dans l’affaire Dina (du nom de cette étudiante gabonaise tuée il y a quelques semaines dans des circonstances troubles en Turquie), et ne rien dire quand on entend de tels propos tout simplement parce qu’ils visent des gens avec lesquels nous ne serions pas d’accord », déplore-t-elle, rappelant qu’« il n’y a pas de bon et de mauvais racisme ». 

Silence assourdissant et complaisant de la direction de l’UN et des médias occidentaux

Si quelques sympathisants présents lors de la réunion de l’Union nationale à Oyem la semaine dernière ont exprimé leur indignation sur le réseau social Whatsapp, aucun dirigeant de l’UN, ni Paulette Missambo, ni son pourtant très prolixe porte-parole Jean-Gaspard Ntoutoume Ayi, n’ont jugé bon de condamner les déclarations de Jean Christophe Owono Nguema. On peut également relever le silence, aussi assourdissant que complaisant, des médias occidentaux, RFI et France 24 en tête, toujours prompts à dénoncer le racisme, pourvu qu’il soit le fait de ce qu’ils considèrent comme un adversaire politique.

Reste désormais à espérer que le ministère public prendra l’initiative de poursuites judicaires à l’encontre de Jean Christophe Owono Nguema. Le racisme ne relève pas de la liberté d’expression. Certes, il peut et doit être condamné sur le plan moral. Mais il doit surtout l’être devant les tribunaux. Car il s’agit, ne l’oublions pas, d’une infraction pénale.