Plainte déposée en France par les frères Laccruche : la Présidence gabonaise rejette toute implication de Noureddin Bongo et rappelle le principe de territorialité de l’infraction

Brice et Grégory Laccruche Alihanga le 3 octobre 2019 à Akanda peu avant le début de leur disgrâce © DR

Suite à une plainte déposée le 21 janvier en France contre X par les avocats de Brice et Gregory Laccruche Alihanga, tous deux détenus à la prison centrale de Libreville dans le cadre de l’opération anti-corruption Scorpion, le porte-parole de la présidence de la République Jessye Ella Ekogha, tout en rejetant catégoriquement toute implication de Noureddin Bongo Valentin dans ce dossier, a rappelé l’application du principe de la territorialité de l’infraction.

« L’ensemble des décisions juridiques au terme desquelles ils se sont retrouvés en détention sont parfaitement arbitraires et illégales. Il y a eu des prolongations des gardes à vue au-delà des maximums légaux. Vous n’avez pas d’accès au dossier, pas des discussions avant l’incarcération », a dénoncé Me Dominique Inchauspé, l’un des conseils de Brice et de Grégory Laccruche Alihanga.

Si la plainte est formellement destinée contre X, l’avocat pointe du doigt Noureddin Bongo Valentin, le coordinateur général des Affaires présidentielles, pour le rôle joué dans l’arrestation de ses clients.

« Nous désignons clairement les personnels judiciaires qui sont intervenus dans l’ensemble du processus. Parmi les personnes qui ont concouru à cette détention arbitraire, nous citons monsieur Noureddin Bongo qui semble avoir joué un rôle prépondérant dans l’instigation de toute cette opération. Et en droit français, l’instigateur est considéré comme auteur ou le coauteur de l’infraction», a Me Inchauspé.

« Ça n’est ni sur le terrain diplomatique, ni médiatique mais devant les tribunaux au Gabon que cette affaire sera tranchée »

Des accusations rejetées en bloc par le porte-parole de la présidence de la République. « Noureddin Bongo Valentin n’a aucune fonction dans l’appareil judiciaire. Il ne peut donc pas être tenu responsable des poursuites qui sont ressort du procureur de la République », fait observer son porte-parole, Jessye Ella Ekogha.

Et celui-ci d’ajouter : « en tant que ressortissant français, Brice Laccruche Alihanga a le droit de saisir la justice française. Cependant il faut se rappeler que dans le cadre d’infraction pénale, c’est la territorialité de l’infraction qui prévaut. Autrement dit, c’est la loi gabonaise qui est applicable et c’est la justice gabonaise qui rendra les décisions. En cas de condamnation de monsieur Laccruche la justice gabonaise et les autorités gabonaises ne manqueront pas de faire appel à la coopération judiciaire, notamment de la France pour retrouver les sommes d’argent volées au peuple gabonais », a conclu M. Ella Ekogha.

Selon une source proche du dossier, impliquer Noureddin Bongo Valentin dans ce dossier est « une stratégie de défense » qui tend à signifier qu’il ne s’agirait que d’ « un procès politique. » Et celle-ci de prévenir : « ça n’est ni sur le terrain diplomatique, ni médiatique mais devant les tribunaux au Gabon que cette affaire sera tranchée. »