Opération Scorpion au Gabon : Noël Mboumba reconnait des détournements massifs d’argent public et semble pointer du doigt la responsabilité de Brice Laccruche Alihanga

L'ex-directeur de cabinet de la présidence, Brice Laccruche Alihanga, a été incarcéré début décembre 2019 dans le cadre de l'opération Scorpion © DR

L’ancien Ministre du Pétrole, Noël Mboumba, qui a bénéficié hier soir d’une mesure de liberté conditionnelle après trois mois de détention préventive à la prison centrale de Libreville pour détournement de fonds publics, concussion, blanchiment de capitaux et association de malfaiteurs, a reconnu ce jeudi matin à l’occasion d’une conférence de presse les faits qui lui sont reprochés tout en rejetant la responsabilité, semble-t-il, sur l’ex-directeur de cabinet de la Présidence, Brice Laccruche Alihanga.  

C’est tiré à quatre épingles, dans un costume impeccable, avec la mine des bons jours et rasé de frais, comme si ses trois mois d’incarcération n’avait eu aucune prise sur lui, ni physiquement ni moralement, que Noël Mboumba s’est présenté ce jeudi face à la presse.

« S’agissant des faits qui me sont reprochés, je tiens à préciser à l’opinion que j’ai reconnu avoir exécuté des instructions malveillantes de la part de personnes qui ont profité de leur position dominante pour me conduire à poser des actes contraires à la loi », a confessé Noël Mboumba. Sans le nommer, l’ex-ministre du Pétrole semble notamment pointer du doigt l’ex-directeur de cabinet de la Présidence, Brice Laccruche Alihanga.

Répondant à une question posée par l’un de nos confrères lors de sa conférence de presse au sujet des montants qui auraient été détournés des caisses de l’Etat, M. Mboumba confirme peu ou prou les chiffres avancés par nos confrères de L’Union en décembre dernier. « Je ne peux pas ici affirmer le montant exact de ces détournements qui font l’objet d’une instruction. Mais je pense de manière globale qu’on est dans cette fourchette-là (plusieurs centaines de milliers de milliards de francs CFA) », a-t-il déclaré.

L’ombre de la RMP

Lorsqu’il parole d’« instructions malveillantes », Noël Mboumba semble faire notamment allusion à la Redevance minière proportionnelle (RMP). Décidée le 16 octobre 2019, celle-ci obligeait les opérateurs pétroliers à mettre à la disposition de l’Etat gabonais une part de pétrole brut en nature. Celle-ci avait vocation à être commercialisée par la Gabon Oil Company (GOC), à l’époque dirigée par Christian Patrichi Tanasa.

Officiellement, il s’agissait de renflouer les caisses de l’Etat pour faire face aux dépenses urgentes. Mais les enquêteurs de l’opération Scorpion soupçonnent l’érection d’un vaste système de détournement de fonds. Raison pour laquelle elle avait été purement et simplement annulée le 26 novembre, soit deux semaines après le déclenchement de l’opération Scorpion. L’une des dernières décisions prises par Noël Mboumba avant qu’il ne soit placé en détention quelques jours plus tard seulement.