Interview : « La question de la capacité du président Ali Bongo Ondimba à diriger le Gabon ne se pose plus en 2023 » (Universitaire)

Ce dimanche 2 avril, à l'occasion du 55ème anniversaire du PDG, Ali Bongo Ondimba a démontré qu'il avait recouvré toutes ses capacités n © Facebook/PDG Gabon

Une semaine après le 55ème anniversaire du PDG et les confidences très remarquées du président Ali Bongo Ondimba, qui est revenu pour la première fois en public sur l’AVC dont il a été victime en octobre 2018 à Riyad en Arabie Saoudite, « Appel à agir », mouvement d’opposition qui se présente comme un « collectif citoyen », tente de relancer le débat sur la vacance du pouvoir, après avoir l’échoué une première fois en 2019. Nous avons demandons à un professeur en science politique de l’UOB de nous éclairer sur cette séquence. Interview éclairante. 

La Libreville : Appel à agir a convoqué dimanche prochain (8 avril) une conférence de presse. A quoi faut-il s’attendre ? 

Universitaire : Cette conférence de presse est convoquée une semaine jour pour jour après le 55ème anniversaire du Parti démocratique gabonais. Un événement lors duquel le président de la République, Ali Bongo Ondimba, qui est aussi le chef du parti majoritaire, est revenu pour la première fois en public sur les circonstances de l’AVC dont il a été victime à Riyad le 24 octobre 2018. Ce moment a été très médiatisé.

LBV : Comment a été perçue cette séquence par l’opinion publique gabonaise ? 

Universitaire : De façon très positive. En se confiant sur ce qui jusqu’à présent était un tabou, Ali Bongo Ondimba, qui a parlé sans note et avec une grande aisance oratoire pendant une dizaine de minutes à la tribune après son discours, a montré qu’il n’avait rien à cacher. C’est le meilleur moyen pour faire taire les rumeurs qui prospèrent en l’absence d’informations. Désormais, tout a été mis sur la place publique. Cela permet au chef de l’Etat de tourner définitivement la page et d’aborder sereinement la suite.

LBV : La suite ? 

Universitaire : La campagne de l’élection présidentielle. Même si le chef de l’Etat n’a pas officiellement annoncé pour l’heure sa candidature, personne n’imagine qu’il ne sera pas candidat. Les signes en ce sens ne manquent pas : sa tournée en cours en province ; les messages qu’il distille ça et là, directement ou via son entourage, indiquant que « le travail doit être poursuivi » ; jusqu’à dimanche dernier et cet anniversaire du PDG qui avait tout l’air d’un meeting de campagne.

LBV : Mais alors pensez-vous que ce débat sur la vacance du pouvoir, s’il est relancé, va gêner sa campagne ? 

Universitaire : En période électorale, c’est de bonne guerre. L’opposition – car Appel à Agir n’est pas un collectif de citoyens mais une émanation de l’opposition, comme en témoignent sa composition et ses combats – se bat avec les armes qu’elle a. Et elle n’en a pas beaucoup. Depuis la semi-retraite de Jean Ping, elle est faible et divisée. Elle n’a ni leader ni programme à ce stade. Donc, elle a tout intérêt à parler du camp d’en face. C’est une stratégie classique de diversion. Mais c’est un révélateur de sa propre faiblesse.

LBV : Pourquoi d’ailleurs l’opposition choisit de porter le fer via Appel à agir et non par le canal plus classique des partis politiques ? 

Universitaire : Je l’ai dit, l’opposition est divisée. Il n’y a pas de consensus en son sein, sur ce sujet comme sur d’autres, pas plus que sur la stratégie d’ensemble, entre ses principales figures : Barro Chambrier (RPM), Nzouba-Ndama (Les Démocrates), Missambo (UN), Gondjout (UNI), Mayila (UNPR) ou encore Bertrand Zibi Abeghe, etc. Ce qui laisse un espace d’expression pour cet objet hybride qu’est Appel à agir. Le risque, c’est que là où les Gabonais voudraient que l’opposition leur parle de leurs priorités (la vie quotidienne, l’emploi, la santé, les routes, l’école, etc.) et des réponses qu’ils ont à y apporter, on leur tient un discours très éloigné de leurs préoccupations.

LBV : Mais ne pensez-vous pas que l’opinion publique pourrait être, un tant soit peu, attentive à ce débat sur la vacance du pouvoir ?

Universitaire : Si ce débat a échoué en 2019, dans les mois qui ont suivi l’AVC du président, il a encore moins de chance d’aboutir en 2023. Quatre ans, ce sont écoulés. La Covid-19 et tant d’autres événements se sont déroulés depuis. Les Gabonais ont tourné la page. Ils ont vu leur président avec les grands chefs d’Etat de ce monde, les Joe Biden, Emmanuel Macron, etc., dans les grandes capitales comme Washington, Paris, Londres…, comme dans les grandes enceintes internationales, à l’ONU ou lors des différentes COP. Ils ont vu leur président se rendre dans les provinces du pays. Et ils l’ont vu dimanche dernier (2 avril, NDLR) à la tribune parler sans fiche ou prompteur. L’opposition peut faire beaucoup de reproches à Ali Bongo Ondimba, mais pas celui de ne pas être en capacité de diriger. Ca ne correspond pas à la réalité.

LBV : C’est donc un débat totalement vain ? 

Universitaire : Tout à fait. Alors qu’elle pouvait l’être en 2019, la question de la capacité du président Ali Bongo Ondimba à diriger le Gabon ne se pose plus, et depuis longtemps, en 2023. Tout éventuel débat sur la vacance du pouvoir est voué à l’échec. C’est un pétard mouillé : ça peut faire un peu de bruit dans les médias et sur les réseaux sociaux, mais politiquement sur le terrain et électoralement dans les urnes, ça n’a aucun effet.