Gabon : des visas pour les opposants qui souhaiteraient se rendre en Arabie Saoudite ? « Même pas en rêve », répond un officiel saoudien

Le président gabonais, Ali Bongo, toujours hospitalisé à Riyad, recouvre peu à peu la plénitude de ses facultés physiques © DR

Nicolas Nguema du parti d’opposition Pour le changement PLC a indiqué, hier dans une déclaration publique, qu’il souhaitait qu’une délégation de l’opposition et de la société civile se rendent à Riyad où est actuellement hospitalisé le président Ali Bongo pour constater son état de santé. La majorité dénonce un énième « coup de com » de la part de l’opposition qui a fait de l’hospitalisation du chef de l’Etat un sujet de concurrence entre ses principaux leaders. Cette initiative n’a en effet aucune chance d’aboutir comme l’a indiqué très fermement un officiel saoudien.

« Le PLC va solliciter qu’une délégation (sic) de l’opposition et de la société civile se rend à Riyad afin de constater l’état de santé de monsieur Ali Bongo », a déclaré mardi 14 novembre M. Nguema.

L’objectif du PLC est clair : faire pression afin que le processus de constatation de la vacance du pouvoir soit enclenché. « La constitution dans son article 13, organise la vacance de la présidence de la République, et quel que soient les manœuvres visant à essayer de flouer le peuple une fois de plus, auxquelles se livrent les thuriféraires du régime, nous sommes bien devant l’un des cas d’espèce qui entre dans le champ d’application de l’article 13 si l’incapacité intellectuelle et ou mentale est avérée », explique Nicolas Nguema.

Reste que cette initiative n’a aucune chance d’aboutir. Contacté par téléphone, un officiel saoudien qui a autorité en la matière a été catégorique. « No way! », nous a-t-il répondu en anglais avec un fort accent moyen-oriental (ce qui se traduit par « pas moyen » ou « même pas en rêve »), ajoutant pour couper court à notre échange : « ces gens-là ne respectent rien. Qu’ils laissent leur président récupérer ».

En réalité, Nicolas Nguema se doute qu’il n’obtiendra, ni lui ni ses camarades de visas pour l’Arabie Saoudite et qu’une telle tentative est donc vouée à l’échec. Mais là n’est pas l’essentiel. En effet, depuis l’hospitalisation d’Ali Bongo, l’opposition se livre à une véritable compétition sur le sujet très sensible de l’état de santé du président. « Ce sera à qui fera la déclaration la plus tonitruante », constate un professeur en science de la communication de l’UOB.

« L’Union Nationale s’est la première emparée du sujet. Ça n’est pas étonnant car elle y avait le plus intérêt. Les élections d’octobre ont été catastrophiques pour cette formation. Elle a donc dès le lendemain du second tour des législatives pris la parole sur le sujet afin de faire un contre-feu et de continuer ainsi à exister », analyse l’un de ses collègues, professeur en science politique dans le même établissement. « C’est classique en politique. Plus vous êtes minoritaires, plus vous devez dire des choses fortes pour vous faire entendre », ajoute-t-il.

Interrogé par téléphone après plusieurs tentatives, un membre du gouvernement a bien voulu nous donner sa réaction. Celle-ci est pour le moins cinglante. « C’est de la gesticulation. Cette déclaration est faite pour les médias et les réseaux sociaux. Politiquement, ça ne change pas d’un iota la situation », indique-t-il avant de lâcher : « ça n’est pas ainsi que l’opposition arrivera aux affaires. Elle ferait mieux de réfléchir à la manière de remporter les prochaines élections. Encore faudrait-il pour cela qu’elle soit crédible. Visiblement, elle en est encore loin… », constate-t-il.