Gabon : suite au scandale sur l’achat de véhicules de luxe, l’opposition demande la démission du vice-président Pierre-Claver Maganga Moussavou

le président du parti Pour Le Changement (PLC),Nicolas Nguema, réclame la démission du vice-président gabonais, Pierre-Claver Maganga Moussavou suite aux révélations sur l'achat de véhicules de luxe @ facebook.com/nicolas.nguema

C’est désormais officiel. L’opposition gabonaise réclame la tête du vice-président, Pierre Claver Mangaga Moussavou. Cela fait suite aux révélations de l’achat par ce dernier de véhicules de luxe (dont une Bentley Continental GT pour un montant de près de 600 millions de FCFA ; 158 800 euros). L’affaire choque à ce point les Gabonais que, même au sein de la majorité, des voix s’élèvent pour réclamer le départ de Maganga Moussavou et la suppression pure et simple du poste de vice-président. 

Manganga Moussavou est sur un siège éjectable. Je ne vois vraiment pas, au vu des récentes révélations sur ses nombreux achats de véhicules de luxe, comment il pourrait conserver ses fonctions. Le garder à son poste serait une faute politique grave de la part du pouvoir. Cela reviendrait à cautionner de tels agissements au moment où l’on impose une cure d’austérité à nos concitoyens, fait observer un responsable de premier plan de l’opposition.

Depuis quelques jours, l’opposition gabonaise est vent debout contre le vice-président et ex-opposant, Pierre-Claver Maganga Moussavou, pris dans la tourmente d’une polémique qui ne retombe pas sur l’achat de véhicules de luxe (lire ici et ici nos précédents articles à ce sujet).

L’opposition, indignée, parle de scandale

Mardi 31 juillet, c’était au tour du président du parti Pour Le Changement, Nicolas Nguema, de tirer à boulets rouges sur Maganga Moussavou. C’est scandaleux, a déclaré M. Nguema. Et « ça l’est d’autant plus qu’il a demandé il y a quelques jours aux Gabonais de se serrer la ceinture, alors que lui a plutôt, semble-t-il, choisi de serrer la ceinture de … sécurité. C’est du cynisme pur », a ajouté M. Nguema s’interrogeant au passage sur l’origine des fonds avec lesquels ces véhicules ont été acquis. « Maganga Moussavou doit démissionner », a martelé l’opposant.

Au Gabon, cette affaire indigne bien au-delà des ranges de l’opposition. Les Gabonais sont d’autant plus choqués que celle-ci intervient au moment où le gouvernement a demandé aux fonctionnaires de faire un effort en matière salariale pour permettre le retour à l’équilibre des comptes publics.

« Alors que notre dette publique est passéde 1000 milliards à plus de 4800 milliards en moins de 10 ans, que notre taux de chômage dépasse les 35 % de la population, que 40 % de la population a moins de 20 ans mais pas une seule école construite en 10 ans, cette minorité délinquante continue inexorablement à s’amuser au détriment de la majorité des Gabonais », a tempêté Nicolas Nguema, mettant ainsi tout le monde dans le même sac, majorité et opposition républicaine qui participe au gouvernement.

Craintes du PDG en vue des législatives

Certes, Nicolas Nguema se garde de relever que la plupart des véhicules de luxe acquis par Maganga Moussavou l’ont été bien avant août 2017 et sa nomination au poste de vice-président, à un moment donc où celui-ci était dans l’opposition dite radicale. Il n’empêche, face à l’ampleur du scandale, des voix s’élèvent dans la majorité, y compris au sein du PDG, pour réclamer le départ de Pierre-Claver Maganga Moussavou, craignant que cette affaire finisse par les toucher également.

Maintenir Maganga Moussavou dans ses fonctions à quelques semaines des législatives, cela serait un très mauvais signal, s’inquiète un responsable régional du PDG de la province du Woleu-Ntem. Avec l’opération Mamba, on a commencé à nettoyer les écuries d’Ogias, avec les mesures d’économies budgétaires, on nettoie les finances publiques. Et là, c’est comme si on laissait une poussière salir toute la maison. Ça n’est pas cohérent, peste-t-il, insistant sur le fait que cette affaire pourrait causer du tort, y compris au parti au pouvoir, si elle n’était pas régler proprement alors que les Gabonais seront bientôt convoqués pour se rendre aux urnes.

Plusieurs constitutionnalistes, tentant de ramener le débat sur un terrain plus institutionnel, ont, quant à eux, fait valoir que c’était sans doute l’occasion de reconsidérer ce poste de vice-président, créé dans la foulée du dialogue politique d’Angondjé mi-2017. Selon ces universitaires, à l’épreuve, le poste de vice-président n’apporte rien au système institutionnel gabonais. En outre, font-ils remarquer, en cette période d’économies budgétaires, revenir sur un tel poste doté d’un budget important serait tout sauf incohérent.

Voilà en tout cas un débat qui ne manquera pas d’animer la classe politique gabonaise durant les prochaines semaines.