Gabon : Pourquoi la candidature d’Alexandre Barro Chambrier à la présidentielle de 2023 a (déjà) du plomb dans l’aile

Alexandre Barro Chambrier battant la campagne. Ici le 22 octobre 2022 dans le 6ème arrondissement de Libreville © Facebook/ABC

Dans une interview publiée cette semaine dans l’hebdomadaire Jeune Afrique, le président du RPM tente d’entretenir un faux-suspense. Car il sera bel et bien candidat à l’élection présidentielle de 2023. Mais pour lui, comme pour les autres figures de l’opposition, les choses sont mal parties. 

Comment espérer se faire élire président de la République quand on a été incapable de se faire réélire député, qui plus est dans son fief familial ?

A cette question, pour le moins gênante, Alexandre Barro Chambrier espère avoir trouvé la parade. Dans une interview à Jeune Afrique, il explique sa défaite lors du second tour des élections législatives de 2018 dans le 4ème arrondissement de Libreville par… la fraude !« La fraude, j’en ai moi-même été victime lors des dernières législatives », clame-t-il.

Un argument qui fait sourire dans les rangs du PDG. « La ficelle est un peu grosse mais c’est toujours à elle qu’on recourt quand on est à court d’arguments », sourie un responsable du parti majoritaire dans la capitale. « C’est tout de même étrange d’évoquer la fraude aujourd’hui et de ne pas l’avoir fait en 2018. Il aurait pu introduire un recours. Mais non, quatre ans après, il préfère venir pleurer dans les médias », déplore-t-il.

Questions gênantes

Autre question dérangeante pour le président du RPM : la division de l’opposition. Ici aussi, Barro Chambrier tente d’éviter l’obstacle à travers une pirouette. « L’opposition doit-elle désigner un candidat unique au premier tour, pour l’emporter contre Ali Bongo Ondimba s’il est candidat ? », demande Jeune Afrique. « Bien entendu, l’unité est fondamentale », commence par dire Barro Chambrier. Mais « Plutôt que de désigner un candidat unique, il s’agira de créer des synergies autour d’un homme ou d’une femme qui aura su cristalliser l’espérance du peuple gabonais. » Et le président du RPM d’espérer que « le moment venu, le peuple saura identifier le bon berger ».

« En anglais, on appelle cela du wishful thinking (que l’on peut traduire par ‘vœu pieu’ ou ‘pensée magique’, NDLR) », raille un dirigeant national du PDG… qui n’a pas tout à fait tort. Si Alexandre Barro Chambrier prend grand soin d’éviter la question, c’est parce qu’il sait que non seulement l’unité de l’opposition est impossible, mais qu’elle ne peut a fortiori se faire sur son nom.

« M. Barro Chambrier a tenté de sonder ces derniers mois les principaux acteurs de l’opposition comme Jean Ping ou Paulette Missambo. Mais sa main tendue s’est heurtée à une fin de non-recevoir catégorique. Ces personnalités ne veulent tout simplement pas en entendre parler », rappelle un professeur en science politique de l’UOB, qui explique : « Cela tient en partie à sa personnalité, qui n’est pas consensuelle au sein de l’opposition. Mais également à son potentiel politique. Le RPM est un jeune parti avec une faible assise nationale. Il ne compte d’ailleurs que six députés à l’Assemblée nationale », souligne l’universitaire.

Moment mal choisi

D’ailleurs, c’est moins au PDG que l’interview de Barro Chambrier fait tiquer que dans les rangs de l’opposition, en particulier chez les Démocrates. « Le moment est particulièrement mal choisi. Donner une telle interview alors que notre président (Guy Nzouba-Ndama, NDLR) fait face à des difficultés (il est inculpé pour transport illicite d’1,19 milliards de FCFA en liquide en provenance du Congo-Brazzaville, NDLR), c’est au mieux maladroit, au pire inélégant. Le moment venu, nous nous en souviendrons », cingle un député Les Démocrates, premier groupe d’opposition représenté à l’Assemblée nationale.

Face au PDG, rangs serrés derrière Ali Bongo Ondimba, l’opposition gabonaise ira en 2023 aux élections en ordre dispersé. Au risque d’y faire de la figuration.