Gabon : Pourquoi Jean Ping est ressorti déçu de sa rencontre avec l’Archevêque de Libreville

L'Archevêque métropolitain de Libreville, Mgr Jean Patrick Iba-Ba et l'opposant Jean Ping le 13 août 2020 © DR

Jeudi 13 août, l’ex-leader de l’opposition, qui traverse une passe difficile, avait rendez-vous avec Mgr Jean-Patrick Iba-Ba. Mais au sortir de la rencontre, une fois les sourires de circonstances pour les photographes, pour Jean Ping et la délégation d’opposants qui l’accompagnait, c’était plutôt la soupe à la grimace. Explications.

Il en avait longtemps rêvé. Il a fait des pieds et des mains pour le décrocher. Mais c’est déçu que Jean Ping est ressorti de son rendez-vous jeudi 13 août avec l’Archevêque de Libreville. Au lendemain de la rencontre, les langues se délient.

Certes, face aux photographes et sur les réseaux sociaux, le vieux leader de la CNR a tenté de faire bonne figure. Mais ce soir, dans QG du quartier des Charbonniers, les traits sont tirés et les mines défaites.

Si Jean Ping et ses proches sont à ce point désappointés, c’est pour trois raisons.

D’abord, contrairement au souhait de Jean Ping qui rêvait d’un rendez en tête-à-tête, c’est en délégation que le leader de la CNR a été reçu par Mgr Jean-Patrick Iba-Ba. En effet, Jean Ping n’était qu’un parmi les sept opposants à être conviés à venir discuter avec l’Archevêque de Libreville. Le président de l’Union nationale (UN), Zacharie Myboto, le président de l’Alliance pour la démocratie républicaine (ADERE), Didjob Divungui Di Ndinge, mais aussi Fidèle Pierre Nguema, Maximin Pissame et l’ancien gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac), Philibert Andzembe, étaient également de la partie.

Ensuite, Jean Ping avait espéré que l’Archevêque vienne lui rendre visite dans son QG du quartier des Charbonniers dans le premier arrondissement de Libreville. Même si même si cela peut paraître anecdotique, c’est important sur le plan protocolaire. « Ç’aurait été un symbole fort », concède un de ses proches. Déception ici aussi. Le rendez-vous a eu lieu à l’Archevêché. « Dans ce genre de situation, celui qui se déplace est soit celui qui a sollicité le rendez-vous, soit celui qui est demandeur, autrement dit en position de faiblesse », explique un fin connaisseur des arcanes du pouvoir.

Ping estime ne pas avoir été récompensé pour ses positions contre la dépénalisation de l’homosexualité

Enfin et, c’est sans doute là le principal, la teneur des échanges n’a pas été à la hauteur des espoirs de Ping et de ses alliés. « On espérait un soutien plus marqué de la part de l’Eglise », confesse un membre de la délégation. « L’écoute a été polie », se contente de dire un autre.

Au final, la tournure qui sanctionne le communiqué officiel de la rencontre est des plus classiques. Dans « l’esprit et la lettre de la Doctrine sociale de l’Église catholique, l’Ordinaire de Libreville a fait bon accueil à ses hôtes, tout en réaffirmant son ambition de contribuer à faire du Gabon un pays plus fraternel et plus juste, à travers l’engagement multiforme des fidèles chrétiens et ainsi que des hommes et des femmes de bonne volonté », indique le communiqué. En matière de soutien partisan, on a vu plus franc en effet.

Pour Ping, la déception est d’autant plus grande qu’il avait espéré capitaliser sur son opposition à la loi sur la dépénalisation de l’homosexualité pour complaire à l’Eglise. De l’aveu même de ses proches, le vieil opposant considère ce soir qu’il n’a pas reçu la monnaie de sa pièce, autrement dit qu’il n’a pas été récompensé en retour pour ses positions.

Reste un point. Peut-être le principal. Le rendez-vous d’aujourd’hui entre Jean Ping notamment et l’Archevêque de Libreville n’aurait jamais eu lieu si deux semaines auparavant, ce dernier ne s’était pas déplacé au Palais du Bord de mer pour s’entretenir longuement – et chaleureusement selon plusieurs témoins – de « dossiers importants » avec le chef de l’Etat Ali Bongo Ondimba (lire notre article).

« Par souci d’équité, et pressé quotidiennement par des demandes de rendez-vous, l’Archevêque s’est crû obligé de concéder le principe d’une rencontre deux semaines après son entretien avec le chef de l’Etat », admet un proche de Mgr Iba-Ba. « Mais sur le fond, la rencontre d’aujourd’hui reste purement protocolaire. Elle relève de la courtoisie », s’empresse-t-il d’ajouter dans un sourire entendu.

Lâché par ses soutiens à l’extérieur et de plus en plus contestés à l’intérieur par les vieux barons de l’opposition comme par la jeune garde, Ping ne pourra donc s’appuyer sur cette rencontre pour tenter de relancer une dynamique politique qui semble être irrémédiablement enrayée.