Gabon : Paulette Missambo (UN) et son bloc de l’opposition, telle la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf

La présidente de l'Union nationale, Paulette Missambo, prétendante au leadership de l'opposition au Gabon © Facebook/Union nationale

Ce mardi 3 janvier, une partie de l’opposition gabonaise a annoncé la création d’un nouveau regroupement dénommé Plate-forme alternance 2023. C’est Paulette Missambo, leader de l’UN, qui a été désignée pour la présider. Officiellement, cette plate-forme affiche 42 membres. Mais à y regarder de plus près, le compte n’y est pas tout à fait. Explications. 

« Dans le cadre du combat pour la transparence électorale, j’ai été élue à l’unanimité présidente de cette plateforme », a déclaré, fièrement, Paulette Missambo.

En réalité, cette annonce a une portée moins politique que médiatique. « C’est un joli coup de com. Ce que l’on voit sur le devant de la scène semble attirant. Mais, à y regarder de près, si l’on jette un œil à l’arrière-boutique, les choses sont moins reluisantes », explique un spécialiste de la vie politique gabonaise.

Il y a d’abord ce chiffre : 42 organisations membres de la coalition. Sur le papier, cela peut impressionner. Problème : la plupart de ces organisations, qui mêlent des choux et des carottes, autrement dit des organisations disparates (groupuscules politiques, petites associations, etc.) sont pour la plupart des coquilles vides. « L’UN est l’arbre qui cache le… désert », explique un opposant qui a participé aux premiers échanges avant de se retirer.

En outre, ces organisations, même cumulées, n’ont aucune représentativité. La plupart de ces 42 organisations n’ont qu’une poignées de membres. Et dans la cohorte des noms égrainés, on ne compte qu’un seul député : Dakure Davain (Les Démocrates).

Enfin et peut être surtout, la composition de cette plate-forme est, pour l’opposition, un aveu d’échec. Alors que celle-ci cherche à s’unir en vue de la présidentielle de 2023, rêvant de rééditer le coup de Jean Ping en 2016, elle ne compte dans ses rangs, à l’exclusion de Paulette Missambo, aucun des principaux prétendants de cette famille politique à l’élection présidentielle.

Ni Barro Chambrier, ni Jean Ping, ni Guy Nzouba-Ndama, ni Paul-Marie Gondjout, ni Mike Jocktane n’en sont membres. « Politiquement, l’annonce de la naissance de cette plate-forme est un non-événement », raille un fidèle du leader de la CNR.

Certes, on peut lire dans l’organigramme les noms de Dakure Davain, le président du groupe Les Démocrates à l’Assemblée nationale, ou encore de XX du RPM. Mais, s’empressent de préciser leurs organisations respectives, « la participation à cette plate-forme est le fait de décisions individuelles qui n’engagent pas le parti dont ces personnes sont membres ».

Voilà pour la version officielle. Officieusement, certains soupçonnent les personnes en provenance d’autres « grands » partis d’être des « taupes » venues espionner de l’intérieur la plate-forme pour le compte de leur leader…

Dans ces conditions, cette plate-forme pourra-t-elle prospérer ? Beaucoup d’observateurs en doutent. « Les intérêts au sein de l’opposition gabonaise sont trop divergents. En l’espèce, cette plate-forme apparait davantage comme un marchepied pour Paulette Missambo, un outil de promotion pour pouvoir imposer son leadership au reste de l’opposition en vue de la présidentielle de 2023. Le problème, c’est que, soupçonnant cet agenda caché, aucun autre leader ne la ralliera; Ni Ping, ni Barro Chambrier, ni personne d’autres », explique un professeur en Science politique de l’UOB.

« Tout ça apparait très précipité. Comme si Paulette Missambo voulait prendre de vitesses ses concurrents pour leur couper l’herbe sous le pied », commente un autre. « Du coup, ça fait un peu brouillon. Comme si la copie était bâclée ».

Ce nouveau bloc de l’opposition, affichant fièrement 42 membres, fait au final penser à la grenouille dans la fable de La Fontaine qui entendait se faire plus grosse que le bœuf. En voulant apparaître plus flatteuse qu’elle ne l’était, elle a fini par… imploser. Une leçon que Paulette Missambo et les siens feraient bien de méditer.