
C’est un revirement à 180 degré dont seule l’opposition gabonaise – une partie d’entre elle en tout cas – a le secret. Lundi 20 février, les partis politiques membres de la plateforme « Alternance 2023 » présidée par Paulette Missambo, qui avaient claqué à grand fracas la porte de la concertation sur les élections la semaine dernière alors que les travaux n’avaient pas commencé, ont été reçus par le Premier ministre Alain Claude Bilie-By-Nze. Conscients de leur erreur stratégique, ils souhaitent réintégrer cette concertation.
Ils ont commis une erreur et ils s’en mordent les doigts. La semaine dernière, un par un, à coup de conférences ou de communiqués de presse triomphants, les opposants réunis au sein de la plateforme Alternance 2023 (regroupant l’UN, le PSD, Réagir…), avaient claqué la porte de la concertation majorité-opposition sur les élections lancée quelques jours plus par le président Ali Bongo Ondimba.
« Ils pensaient que cela allait enrayer la machine. Que la concertation s’arrêterait. Mais il n’en est rien. La terre a continué de tourner », explique un opposant qui a maintenu sa participation à cette concertation. « Il y a dans tout ça un côté très nombriliste », fait-il observer.
Nombrilisme et chaise vide
« Alternance 2023 a commis la même erreur que lors du renouvellement du bureau du CGE », renchérit un autre. « En claquant la porte, ils pensaient que le processus serait stoppé et qu’on viendrait les chercher en accédant à leurs exigences. » Mais là aussi, il n’en a rien été. Le processus s’est poursuivi jusqu’à la désignation du président et de son bureau, le tout validé par la Cour constitutionnelle.
« Les mêmes causes produisent les mêmes effets », rappelle, de son côté, un ancien ministre. « La politique de la chaise vide, certains y croient mais ça ne marche jamais. Regardez ce que ça a donné avec Jean Ping ». En 2018, le leader de la CNR avait poussé l’opposition à boycotter les élections générales. Résultat : celle-ci, très peu présente au sein des institutions, là où se trouve le pouvoir, s’est marginalisée et, pour une partie d’entre elle, radicalisée.
Cette erreur, tous les partis de l’opposition, loin s’en faut, ne l’ont pas commise. Les Démocrates ont pris part aux élections de 2018. Résultat : avec dix députés, un joli score, ils sont le premier groupe de l’opposition représenté à l’Assemblée nationale. Cette « stratégie d’opposition constructive », comme certains la qualifient, a également payé à l’occasion de cette concertation. En effet, son co-président, représentant l’opposition, n’est autre que… le chef du groupe Les Démocrates à l’Assemblée nationale, Séraphin Akure-Davain (lire notre article).
Alternance 2023 n’a désormais de choix qu’entre Charybde et Scylla
« Contrairement à d’autres, qui font beaucoup de bruits dans les médias et sur les réseaux sociaux, Les Démocrates sont plus discrets mais ils sont aussi plus efficaces. Ils obtiennent des résultats par la négociation avec la majorité », analyse un député indépendant. « Surtout, ils sont bien plus représentatifs que tous les autres partis de l’opposition, à l’exception toute relative du RPM. Si vous prenez par exemple l’UN, c’est un seul député. Et Réagir, zéro ! »
Fin tacticien, le premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze a reçu ce lundi 20 février les membres d’Alternance 2023. Mais s’il l’a fait, c’est qu’il sait parfaitement que ceux-ci ne sont pas en position de force pour négocier quoi que ce soit. Paulette Missambo et les siens ont commis une erreur. Ils n’ont plus désormais le choix qu’entre deux options, qui s’apparentent à Charybde ou Scylla : revenir à la table de la concertation la queue basse sans possibilité d’y peser réellement ou se condamner à regarder les trains passer… sans eux.







