Gabon : l’activiste Thibaut Adjatys jette l’éponge face à Ali Bongo

Manifestants pro-Ping, place du Trocadéro à Paris @ Facebook

Il est l’un des activistes les plus connus au sein de l’opposition gabonaise. Thibaut Adjatys, connu pour la virulence de ses critiques envers le pouvoir gabonais, a décidé de raccrocher les gants. Dans un message publié ce matin sur sa page Facebook, il a reconnu que tout n’était pas si négatif au Gabon. 

Dans le microcosme de la diaspora gabonaise, qui compte certains des activistes les plus irréductibles à l’encontre du président Ali Bongo Ondimba, l’annonce a fait l’effet du bombe. Thibaut Adjatys, qui s’est toujours montré très critique à l’endroit du numéro un gabonais, a décidé de raccrocher les gants.

« Il est temps pour moi de prendre un peu de repos et surtout de me concentrer sur ma carrière professionnelle », a-t-il écrit sur sa page Facebook ce matin.

En guise d’explication, l’activiste reconnaît une prise de conscience intervenue à l’occasion de la fête nationale du 17 août au Gabon. « Je pensais que les Gabonais souffraient. Mais je remarque que c’est un peuple en joie, qui ne manque de rien et qui a tout le bonheur du monde », écrit-il au lendemain de la liesse populaire liée au festivité de la fête nationale, en notant au passage que le feu d’artifice organisé le 16 août à Libreville devant la présidence a connu un très vif « engouement » chez les Gabonais.

« Cela montre que la page des élections contestées d’août 2016 se referme presque définitivement », explique un professeur en science politique de l’UOB. « Cela fait deux ans désormais. Seule une petite minorité sur les réseaux sociaux mais sans aucun impact sur le terrain tente de faire entendre une voie discordante, car les gens ici sont passés à autre chose. Sept opposants sont entrés au gouvernement. L’écrasante majorité des partis d’opposition s’apprête à participer aux élections contre l’avis de Jean Ping. Les membres de la diaspora qui manifestent à Paris, Place du Trocadéro, ne sont plus qu’une poignée, souvent moins de dix. Beaucoup sont liés à l’opposant Jean Ping. Et surtout, ils ne rencontrent aucun écho ici car les gens ont d’autres préoccupations que les leurs », complète ce politologue réputé pour la rigueur de ses analyses.

Lassitude dans les rangs des activistes à Paris

« Il y a une forme de lassitude », concède un ex-activiste, domicilié à Paris qui a lui aussi décidé d’arrêter ses activités de militantisme politique contre le gouvernement gabonais. « On a l’impression de prêcher dans le désert. On manifeste à Paris, à 5 500 kilomètres de Libreville ; on publie sur les réseaux sociaux. Mais depuis deux ans, on a obtenu aucun résultat, reconnaît-il avec beaucoup de lucidité. Surtout, il y a un décalage de plus en plus grand entre les centres d’intérêts de la diaspora et les populations sur place. Peu à peu, ce décalage cède la place à de l’incompréhension, comme si nous ne parlions plus la même langue. Je le ressens quand j’appelle ma famille restée au pays », se désole ce jeune trentenaire.

Beau joueur, Thibaut Adjatys conclut son post sur sa page Facebook en souhaitant bonne chance au gouvernement. « J’espère maintenant que les Gabonais auront de l’eau au robinet, des logements sociaux, que la fonction publique va recruter, que leurs enfants auront des écoles, des universités et des bourses. » Au Gabon, c’est certain, une page vient définitivement de se refermer.