Gabon : Exclu du gouvernement en janvier dernier, l’ex-ministre de la Défense, Étienne Massard, se rapproche de Brice Laccruche Alihanga

L'ex-ministre de la Défense, Etienne Massard ce samedi 5 octobre © DR

Ce weekend, Étienne Massard Kabinda Makaga s’est ostensiblement affiché aux côtés du directeur de cabinet d’Ali Bongo qui a bouclé à Libreville sa tournée des neuf provinces du pays. 

Qu’il semble loin le temps où Étienne Massard Kabinda Makaga était évincé du gouvernement. C’était le 27 janvier dernier. Quelques semaines plus tôt, des tensions étaient apparus entre celui qui était alors ministre de la Défense et le puissant directeur de cabinet d’Ali Bongo Ondimba, Brice Laccruche Alihanga. Le premier aurait refusé, à plusieurs reprises, que le second se rende au chevet du chef de l’Etat gabonais, à Ryad puis à Rabat, alors que celui-ci avait été victime d’un AVC.

Désormais, tout cela semble rangé aux oubliettes. Ces derniers mois, Étienne Massard s’est de nouveau impliqué politiquement dans son fief du 4ème arrondissement de Libreville sous l’étiquette du Parti démocratique gabonais (PDG, au pouvoir).

Mieux, ce samedi matin, l’ex-ministre de la Défense a participé au premier rang à la réunion qui s’est déroulée au Nomad entre les cadres de l’Estuaire et le directeur de cabinet d’Ali Bongo Ondimba. Auparavant, les deux hommes s’étaient donnés une longue accolade.

L’après-midi, Étienne Massard était présent à la tribune au Stade Nzeng Ayong. Affichant un large sourire, il a applaudi de manière très démonstrative les propos de Brice Laccruche qui bouclait là sa tournée des neuf provinces du pays. Même effusion au moment de l’apparition du président Ali Bongo Ondimba. L’ex-ministre de la Défense n’a enfin pas manqué d’entonner avec le public l’hymne patriotique gabonais.

Rassemblement 

Le rapprochement avec Etienne Massard s’inscrit dans une optique plus générale. Tout au long de sa tournée inter-provinciale (en juin-juillet, puis septembre), Brice Laccruche Alihanga s’est employé à resserrer les rangs du PDG – à rassembler, comme disent ses proches – en s’affichant avec ses principales figures, ses « barons », dont certains étaient supposés être en froid avec la majorité.

C’est ainsi que l’on a vu, par exemple, « BLA », comme le surnomment ses intimes, réunir autour de lui l’ex-ministre du Pétrole, Etienne Dieudonné Ngoubou dans la Nyanga, l’ex-ministre de l’Eau et de l’Energie, Patrick Eyogo Edzang dans le Woleu-Ntem, les proches de l’un de ses prédécesseurs au poste de directeur de cabinet, Maixent Accrombessi, Jean-Fidèle Otandault à Port-Gentil et Yves-Fernand Mamfoumbi dans la Nougnié, ou encore Biendi Maganga Moussavou, le fils de l’ex-vice président révoqué en mai dernier, toujours dans la Ngounié, Alain-Claude Bilie-By-Nze dans l’Ogooué-Ivindo, etc.

Lors de l’avant-dernière étape dans l’Ogouée-Lolo n’a, le bras droit d’Ali Bongo s’est affiché avec Régis Immongault, remercié du gouvernement en juin dernier alors qu’il avait été ministre sans discontinue depuis 2009, mais aussi avec Blaise Louembe, l’ex-ministre de l’Economie et député du 1er arrondissement de Koulamoutou, ou encore avec le secrétaire général du PDG, Eric Dodo Bounguendza.

Enfin, tout au long de la semaine dernière et jusqu’à l’étape finale de Libreville samedi, Brice Laccruche Alihanga a été accompagné de bout en bout par le premier ministre, Julien Nkoghe Bekalé Les deux hommes, qui s’estiment professionnellement, sont par ailleurs amis dans le privé, ce qui facilite indubitablement leurs relations de travail. « Jamais ces dernières années, on avait vu une telle complémentarité à ce niveau », commente un proche du chef de l’Etat.

Ces dernières semaines, d’autres figures de la vie politique gabonaise que l’on disait susceptibles de quitter le PGD pour, le cas échéant, rejoindre l’opposition, ont fait le choix de rester ou de retourner au sein de la majorité présidentielle. C’est le cas notamment de l’ex-premier ministre Emmanuel Issozé Ngondet, ou encore de Jean-Boniface Assélé, l’ex-président du Centre des libéraux réformateurs (CLR).

La situation de la majorité contraste avec celle de l’opposition. Atomisée, en proie à une guerre des chefs larvée, laminée lors des élections générales d’octobre 2018, celle-ci apparaît très affaiblie alors que la prochaine élection présidentielle de 2023 comment déjà à se profiler à l’horizon.