Gabon : Ce qu’il faut retenir (en bref) du (long) discours de politique générale du premier ministre Ossouka Raponda

Le premier ministre Rose Ossouka Raponda prononçant son discours de politique générale devant les députés ce vendredi 4 septembre 2020 © Capture écran / Gabon 24

Ce vendredi 4 septembre, le premier ministre Rose Christiane Ossouka Raponda a, d’une voix claire et forte, prononcé son discours de politique générale devant les députés réunis dans un immeuble du boulevard Triomphal, siège provisoire de l’Assemblée nationale. Un discours long et dense comme le veut l’exercice au terme duquel les parlementaires lui ont accordé la confiance à une large majorité de 124 voix pour et seulement 13 contre. Voici ce que l’on peut en retenir. 

Un hommage rendue à la politique volontariste de promotion des femmes dans l’espace public

Rose Christiane Ossouka Raponda est la première femme a occupé au Gabon le poste de premier ministre. Devant les députés, celle-ci n’a pas manqué de saluer le volontarisme en la matière du président de la République, Ali Bongo Ondimba, qui a décrété les années 2015-2015 « Décennie de la femme ». Sa nomination comme chef du gouvernement le 18 juillet dernier en est sans conteste l’un des symboles les plus forts. D’autant qu’il intervient dans un moment critique marqué par la crise mondiale du Covid-19. Un contexte qui impose plus que jamais de la fermeté et une bonne dose de virtuosité dans la conduite des affaires publiques.

Le succès de la riposte gabonaise face à l’épidémie de Covid-19

Rose Christiane Ossouka Raponda a, dans son discours, relevé le succès du Gabon en matière de riposte face au Covid-19, emboîtant en cela le pas du président de la République qui l’avait fait dans son discours consacré au 60ème anniversaire de l’Indépendance du pays le 16 août dernier. Le Gabon, a rappelé le chef du gouvernement, est le pays qui par tête d’habitant, teste le plus sa population en Afrique et qui présente l’un des taux de létalité (c’est-à-dire de mortalité dû au virus) parmi les plus faibles sur le continent. Loin de se garder de tout triomphalisme, elle a invité les Gabonais à la vigilance et à l’observation stricte des mesures barrières.

La réhabilitation du sens des priorités dans l’action publique et du concret

C’est un des mantras, ces dernières années, du président de la République : l’action publique doit retrouver le sens des priorités. Tout ne peut pas être fait. Il en faut donc pas se disperser et, au contraire, se concentrer sur ce qui est essentiel. Bref, c’est un appel au discernement. Message reçu cinq sur cinq par le premier ministre. Dans son discours, ce dernier a mentionné les quatre priorités de son action : la maîtrise du risque sanitaire lié à la Covid-19 ; la relance de l’économie ; la bonne gouvernance de l’action publique ; la préservation du modèle social de redistribution pour améliorer la qualité de vie des Gabonaises et des Gabonais et consolider le vivre-ensemble.

Ce vendredi, c’est également un discours très pragmatique, sans envolées lyriques et très concret qu’a servi le premier ministre. Plus que de grandes annonces, c’est une foultitude de projets, dont certains ont déjà été initiés mais qu’il faut accompagner jusqu’à leur terme, qu’a mentionné le chef du gouvernement. Ici aussi, elle s’inscrit dans les pas du président de la République qui n’a eu de cesse ces derniers temps d’appeler ses ministres à « promettre moins, agir plus ».

Après le sanitaire, priorité à la relance de l’économie…

L’épidémie de Covid-19 étant désormais sous contrôle, la mission numéro un de Rose Christiane Ossouka Raponda sera en réalité la relance de l’économie. C’est pour ça d’ailleurs que cette économiste de formation, forte d’une solide expérience, a été nommée à ce poste. Si elle prévoit une recession cette année avec une croissance de – 0,8 % du PIB, Mme Ossouka Raponda s’est montrée résolument optimiste pour l’année suivante. Elle table en effet, sur la base de plusieurs indicateurs, sur un retour vigoureux de la croissance dès 2021 avec une prévision de + 2 à 3 % du PIB.

… et tout particulièrement à l’emploi

Mais en bonne économiste, Rose Christiane Ossouka Raponda sait que le taux de croissance, ça ne se mange pas, suivant la célèbre formule, fréquemment rappelé par le président de la République. En réalité, la mesure du succès pour le nouveau gouvernement ne sera pas tant le taux de croissance, mesure imparfaite, que le nombre d’emplois créés, en particulier dans les nouveaux secteurs, comme l’industrie du bois. A cet égard, a rappelé le premier ministre, la réforme de l’enseignement, qui met l’accent sur la formation professionnelle, devra jouer un rôle majeur. Car les jeunes doivent être les premiers bénéficiaires de cette politique.

Obligation de résultats

Enfin, le premier ministre le sait. Elle et son gouvernement n’ont pas le droit à l’erreur. Le président de la République l’a dit et répété, il veut des résultats à la fois « rapides et tangibles ». « Je serai sur ce point exigeant et intransigeant », a-t-il derechef rappelé sur les réseaux sociaux cette semaine. Bref, la nouvelle impétrante le sait. Pour la nouvelle équipe gouvernementale, le succès n’est pas une option. C’est une obligation.