Gabon : Après avoir échoué à imposer le débat sur la santé du président, l’opposition fait de la xénophobie son nouvel argument de campagne

Le président gabonais et son épouse, comme le reste de leur famille, sont régulièrement la cible d'attaques racistes de la part de l'opposition © Facebook/SBO

Les prises de parole xénophobes, souvent anonymes, dans les médias comme sur les réseaux sociaux, se multiplient à ce sujet à l’approche de la présidentielle prévue dans deux mois et demi au Gabon. L’opposition, qui a échoué à imposer le débat sur la santé du président Ali Bongo Ondimba, semble en avoir fait son nouveau cheval de bataille. Pour espérer l’affaiblir, lui, sa famille et son entourage.

Les campagnes électorales sont souvent l’occasion d’excès verbaux. Celle qui s’annonce au Gabon, avec en ligne de mire la présidentielle fin août-début septembre, ne fera semble-t-il hélas, pas exception.

De cette présidentielle, quand bien même il ne s’est pas encore officiellement déclaré candidat, Ali Bongo Ondimba apparaît déjà comme l’archi-favori. Le président a tiré toutes les leçons de 2016. Face à lui, une opposition moribonde, profondément divisée et étêtée. Car depuis son retrait de la vie politique, Jean Ping, 81 ans cette année, n’a toujours pas de successeur. « Aucune personnalité n’émerge véritablement. Certaines d’entre elles sont intéressantes mais aucun n’a la carrure pour s’imposer comme un leader incontestable », constate un professeur en science politique de l’UOB.

Radicalisation

Cette situation politique explique sans doute la radicalisation du discours de l’opposition. Après avoir échoué à imposer le débat sur la santé du président Ali Bongo Ondimba – victime d’un AVC en octobre 2018 qu’il a surmonté depuis –, l’opposition, dont la campagne consiste à attaquer le président et non à développer son propre projet, a semble-t-il ces derniers temps trouvé un autre argument dont elle pense qu’elle est un point faible pour le chef de l’Etat : attiser la xénophobie, pour ne pas dire plus.

Vendredi dernier, une tribune franchement xénophobe, visant le ministre de l’Environnement, Lee White, un Gabonais d’origine britannique, était publié sur le site d’information Gabon Review, connu pour ses tribunes publiées sous pseudonymes mais en réalité rédigée par des personnalités de l’opposition (lire notre article).

Depuis lundi, sur les réseaux sociaux, est diffusée des extraits de liste d’électeurs dont les noms sont à consonnance étrangère. Et pour cause, il s’agit d’extraits issus des élections au… Mali ! Cette fake news, visant à attiser la xénophobie, circulent abondamment sur Facebook et Twitter, relayées par des comptes notoirement proche de l’opposition gabonaise.

Pas nouveau

Entre temps, toujours sur les réseaux sociaux, les attaques visant la famille du président, en particulier son épouse Sylvia, son fils Nourredin et sa femme Léa, hélas habituelles, se sont amplifiées ces dernières semaines. Leur tort ? N’avoir pas la bonne pigmentation de peau.

Pour cet ancien ambassadeur occidental en poste à Libreville au début des années 2010, l’argument n’est en rien nouveau. « Déjà à l’époque, du temps où le directeur de cabinet était un certain Maixent Accrombessi, pour parler de l’entourage du président, l’opposition utilisait l’expression, très connotée, de légion étrangère. Puis, en 2016, lors de la présidentielle, l’opposition, réunie autour de Jean Ping, a fait campagne sur la supposée nationalité biafraise du président Bongo en se basant sur le livre du polémiste Pierre Péan », rappelle-t-il. « Le fait de flatter les penchants xénophobes, une ficelle souvent utilisée en politique, n’est donc pas nouveau au Gabon. »

« Le fait d’être dans l’opposition n’excuse pas tout »

Pour n’en être pas nouveau, elle n’en est pas moins regrettable. « Il est dommage que pour des raisons politiciennes, certains en viennent à réveiller les vieux démons potentiellement enfouis en chacun d’entre nous », déplore un responsable de l’ONU chargé du programme de lutte contre le racisme en poste en Afrique centrale. « Le fait d’être dans l’opposition n’excuse pas tout et n’affranchit pas du respect des règles morales ».

« C’est totalement irresponsable », renchérit de son côté un membre du gouvernement. « C’est tout simplement le signe que l’opposition n’a rien à proposer aux Gabonais », regrette-t-il. « Mais, rassurez-vous, les Gabonais, qui ne partagent pas ces anti-valeurs, ne tomberont pas dans le panneau. »