Gabon : À Bakoumba, la probable collusion entre les autorités locales, les gendarmes et des trafiquants d’or a failli coûter la vie à plusieurs écogardes

La vie des écogardes gabonais est souvent mis en danger lors de leurs différentes interventions © Facebook/ANPN

L’exploitation aurifère illégale dans la province de le Haut-Ogooué semble faire tourner la tête de certains agents publics au point de leur faire perdre le sens du devoir et des valeurs. Dans la nuit du mercredi 14 au jeudi 15 septembre à Bakoumba, plusieurs écogardes ont failli le payer de leur vie.

Dans la nuit du mercredi 14 au jeudi 15 septembre 2022, une unité d’éco-gardes de l’Agence des Parcs nationaux (ANPN), chargée de la lutte contre la criminalité faunique a été contrainte d’ouvrir le feu sur des exploitants illégaux d’or de nationalité congolaise.

Puissamment armés, ces trafiquants auraient, selon plusieurs témoins, ouvert le feu après que les écogardes ont effectué les sommations d’usage. « A peine la sommation faite, une pluie de balles de gros calibres s’est abattue sur mes collègues et moi », témoigne l’un d’entre eux encore sous le choc.

Ripostant en situation de légitime défense, les écogardes blessent trois trafiquants dont la vie n’est nullement en danger.

C’est alors que l’événement, somme toute banal à ce stade, devient peu commun. Avec une célérité rarement vu au Gabon, des gendarmes, appelés à la rescousse par les les exploitants illégaux, se rendent aussitôt sur les lieux. Ils sont suivis, quelques minutes plus tard, par le Samu social, réquisitionné pour l’occasion, qui leur prodigue les premiers soins, ainsi que des soins surérogatoires (de confort). Pour le moins étonnant…

Mais ça n’est pas tout. Quelques heures après ce qui aurait pu être un véritable drame n’eut été le professionnalisme et le sang froid des écogardes, des articles publiés dans ce que l’on peine à qualifier de presse fleurissent qui dépeignent une « agression sauvage » des écogardes à l’endroit de « paisibles exploitants d’or » présentées comme d’ « innocentes victimes ». Dans l’un de ces « articles », l’action des gendarmes est même qualifiée d’ « héroïque ». Une inversion totale de la réalité (et des valeurs), les écogardes ayant agi pour rétablir le droit outrancièrement violé en l’espèce et ayant riposté en situation de légitime défense face à des criminels en situation irrégulière sur le territoire gabonais.

Cette rare sollicitude de la part des gendarmes en particulier signifierait-elle que l’exploitation illégale d’or dans cette zone se déroule sous leur protection et celle d’autres autorités ?

Selon un rapport récent d’Interpol, « l’exploitation illégale attire un nombre croissant de groupes criminels organisés, et constitue une possible cause d’instabilité en Afrique centrale. » « Ces groupes criminels », ajoutent lnterpol, « sont composés d’importantes personnalités politiques, militaires et économiques ».

« C’est probablement le cas en l’espèce. Le zèle avec lequel certains agents des forces de l’ordre semble indiquer qu’ils essayent de protéger la poule aux oeufs d’or », affirme un haut-fonctionnaire en poste à Libreville. La Justice doit maintenant se saisir du dossier et faire toute la lumière sur cette affaire qui a tous les atours de scandale.