Corruption et enrichissement illicite : Julien Nkoghe Bekalé a-t-il commis une bourde lors de son discours de politique générale ?

Le premier ministre gabonais, Julien Nkoghe Bekalé © DR

Ce vendredi 27 décembre, le chef du gouvernement gabonais a prononcé son discours de politique générale devant l’Assemblée nationale. La formulation qu’il a utilisée au moment d’évoquer la corruption et l’enrichissement illicite a aussitôt créé un début de polémique. 

Sans doute le propos a-t-il été maladroit. Ce vendredi, Julien Nkoghe Bekalé a prononcé son discours de politique générale, le second en dix mois. La première fois, c’était le 26 février dernier.

De ce discours, certains retiendrons les annonces faites par le premier ministre, même si celles-ci reprennent très largement les mesures du plan d’action prioritaire décidé il y a quelques années par Ali Bongo Ondimba. D’autres le fait que la confiance a été largement votée avec 116 voix pour, 20 contre et 1 abstention.

Mais depuis quelques heures, c’est un autre aspect du discours que retiennent les Gabonais. Une phrase prononcée au début, dont la formulation paraît des plus hasardeuses.

« La vérité est que la corruption, l’enrichissement illicite et l’impunité ont atteint des niveaux inacceptables », a tonné le premier ministre adoptant pour l’occasion la formule stylistique de l’anaphore.

Il n’en fallait pas moins pour déclencher un début de polémique, alors qu’une vaste opération anti-corruption est en cours dans le pays. Aussitôt, les réseaux sociaux se sont enflammés. « Est-ce à dire qu’au Gabon, il y aurait un niveau supportable de corruption ? Un responsable public ne devrait pas dire ça », déplore Marc, ingénieur dans l’industrie pétrolière, sur son compte Facebook.

Sentant l’opportunité, l’opposition s’est aussitôt engouffrée dans la brèche. « En plein hémicycle, le premier ministre de la République gabonaise vient de légitimer la corruption au Gabon », a promptement réagi le président du RPM (ex-RHM, opposition), Alexandre Barro-Chambrier, dont le parti compte quatre députés à l’Assemblée nationale.

Du côté de la majorité, c’est également la stupéfaction, même si l’on tente de faire bonne figure. « Le premier ministre a sans doute improvisé sur cette partie. Sans doute son texte était-il différent. Sa langue a du fourcher », tente de justifier ce ministre, proche de M. Nkoghe Bekalé. Pas sûr que l’argument suffise à éteindre la polémique.