« Ça coûte cher, ça ralentit l’action publique, ça réduit le taux de participation » : pourquoi le Gabon fait le choix d’élections à un seul tour

La fin de la concertation majorité-opposition sur les élections au Gabon a eu lieu jeudi 23 février 2023 © Facebook/Présidence Gabon

C’est l’une des propositions-phares qui a émergé de la concertation sur les élections. Une des propositions aussi qui a fait le plus consensus entre l’opposition et la majorité : un seul tour pour l’ensemble des scrutins. En voici les raisons.

« Le Gabon, comme tous les pays d’Afrique, ne peut s’offrir plus longtemps le luxe d’élections à deux tours coûteuses et chronophages. Nous n’avons pas ici les mêmes contraintes que les pays en Occident. Certaines choses ne peuvent être répliquées telles quelles. » Ce commentaire, fait jeudi 23 février lors de la clôture de la concertation bipartisane sur les élections, ne provient pas d’un représentant de la majorité mais d’un délégué de l’opposition, membre des Démocrates.

Qui l’aurait crû, mais la suppression d’un second tour pour toutes les élections est l’une des propositions qui figuraient en tête de liste de la majorité et de l’opposition.

Mais pour ce professeur en science politique, il n’y a là aucune surprise. « Cela pourrait sembler contrintuitif mais c’est une proposition qui fait consensus au sein de la classe politique. En gros et pour parler trivialement, des élections à deux tours, ça coûte cher, ça ralentit l’action publique, ça réduit le taux de participation. » 

Et de s’expliquer. « Premièrement, prévoir un seul tour pour les élections permet de faire des économies substantielles, ce qui n’est pas négligeable pour un pays en développement comme le Gabon », commence-t-il par expliquer.

« Deuxièmement, cela permet également d’améliorer l’efficacité de l’action publique », complète-t-il. Avant d’expliquer : « On sait qu’en année électorale, la machine étatique est accaparée par la préparation des élections, ce qui se fait au détriment des autres politiques publiques, sociales et économiques notamment, bien plus prioritaires pour les populations. Réduire les périodes électorales permet de dégager du temps et des moyens plus conséquents pour se concentrer sur les préoccupations quotidiennes des Gabonais », souligne l’universitaire.

Augmenter le taux de participation aux élections, notamment chez les jeunes

« Troisièmement, enfin », ajoute-t-il, « une élection à un tour, cela permet de simplifier le système, de le rendre plus lisible pour les électeurs. C’est de nature à accroitre la participation, en particulier chez les jeunes et donc de renforcer la démocratie. » « Mais », fait-il observer, « cela ne vaut que si vous le faites pour toutes les élections, y compris pour le président de la République. Soit vous le faites pour toutes les élections, soit pour aucune. C’est une question de cohérence d’ensemble », conclut ce professeur d’université qui jugent, dans l’ensemble, « très positives » les propositions issues de la concertation.

Au final, il jette un regard très positif sur cette concertation. « Je l’avoue, j’étais au départ assez sceptique (…) », confesse-t-il « On aurait pu craindre qu’il en ressorte un filet d’eau tiède, des réformes cosmétiques. Mais ce sont bien des réformes structurelles qui en sont ressorties. C’est un tour de force car, compte tenu des positions de départ entre la majorité et l’opposition et du délai, relativement court, de dix jours qui leur a été assigné, c’était loin d’être gagné », fait valoir cet éminent universitaire.