[Analyse] Présidentielle 2023 au Gabon : pourquoi, même unie, l’opposition ne peut l’emporter

L'union de l'opposition autour de Jean Ping en 2016 n'aura été qu'une parenthèse mais demeure un mythe auxquels certains semblent désespérément s'accrocher © DR

L’opposition gabonaise rêve de rééditer l’union à laquelle elle était parvenue en 2016. Elle pense – ou tente de faire penser – que c’est là la clé de son futur succès. Pourtant, même unie, ce qui est très loin d’être acquis, l’opposition gabonaise ne semble pas en mesure de l’emporter en 2023. Voici pourquoi. 

  • Le train de l’Histoire ne repasse pas deux fois. Lors du second tour de l’élection présidentielle de 2016, l’opposition gabonaise avait réalisé l’exploit de s’unir. Mais six ou sept ans plus tard, les conditions de cette union ne sont plus réunies. En 2016, Ping était reconnu comme la principale figure, incontestée, de cette famille politique. Aujourd’hui, le paysage est bien plus atomisé. A 80 ans, le leader de la CNR n’incarne plus l’avenir. Ses principaux lieutenants (Jean Eyeghé Ndong, Frédérice Massavala, René Ndemezo’o Obiang, Féfé Onanga…) ont depuis rejoint la majorité. Ceux qui sont restés se détestent cordialement malgré leur dénégations publiques et n’ont de cesse semblent se disputer (davantage dans les médias et sur les réseaux sociaux que sur le terrain) le magistère laissé vacant par Ping. C’est le cas en particulier de Paulette Missambo et d’Alexandre Barro Chambrier. Mais c’est sans compter sur Guy Nzouba-Ndama qui n’a pas dit son dernier mot. Ou encore sur d’autres candidats qui pourraient créer la surprise comme Mike Jocktane, Paul-Marie Gondjout et d’autres.
  • L’opposition gabonaise vit sur le mythe de 2016 mais reste politiquement très minoritaire dans le pays. L’opposition gabonaise, c’est un peu, comme dans la Fable de La Fontaine, la grenouille qui veut se faire plus grosse que le boeuf. Pour apparaitre plus influente qu’elle ne l’est, elle compte sur les médias (notamment du service public français comme RFI, France 24 ou TV5) et sur les réseaux sociaux. Mais en politique, a fortiori au Gabon, c’est sur le terrain, province par province, ville par ville, village par village, que se gagnent les joutes électorales. Pour ne pas être armée en conséquence, l’opposition en paye le prix. Institutionnellement, elle ne pèse pas grande chose. Moins de 10 % des sièges à l’Assemblée nationale et au Sénat. Son poids politique a, qui plus est, tendance à s’éroder comme l’ont démontré les élections générales de 2018.
  • Pour l’opposition, s’unir apparait comme une fin en soi. L’idée que tente d’accréditer l’opposition, c’est qu’unie, elle peut l’emporter. C’est, volontairement ou non, une erreur. Si cette posture est payante sur le plan médiatique (elle permet à ses relais de faire le buzz), elle reste sans effet sur le plan électoral, comme l’explique un professeur en science politique de l’UOB. « A trop se focaliser sur l’union électorale, l’opposition en oublie l’essentiel : le projet, les idées. De ce point de vue, il n’y a pas grand-chose. Du coup, si certains Gabonais sont sensibles à son discours de dénonciation, celle-ci peine à incarner une alternative crédible aux yeux de la majorité », explique, à juste raison, l’universitaire.
  • Le PDG a tiré tous les enseignements de 2016. C’est peut-être là « la » clé de l’élection présidentielle à venir. Car, n’en déplaise à certains acteurs ou commentateurs qui voient la réalité n’ont telle qu’elle est mais telle qu’ils voudraient qu’elle soient, le PDG a son destin entre ses mains. « La clé de l’élection présidentielle de 2023 n’est pas dans les mains de l’opposition. Elle est dans celles du PDG », insiste le même professeur en science politique de l’UOB. De ce point de vue, l’attitude, la stratégie de l’opposition n’ont que peu d’impact. Or, il serait bien naïf de penser que le parti majoritaire rééditera en 2023 les erreurs commises en 2016. Cette fois-ci le parti présidé par Ali Bongo Ondimba, ultra-majoritaire, a pris les devants et mène une campagne de terrain rigoureuse dans chacune de neuf provinces du pays. La mobilisation est générale et la concentration maximale. La stratégie est radicalement différente. Le manque de préparation et l’excès de confiance, manifestes en 2016, ne sont plus qu’un lointain souvenir.