[Analyse] Gabon : Comment Jean Ping utilise ses proches pour torpiller l’appel à agir lancé par un collectif d’opposants 

Jean Ping cherche à préserver son leadership au sein de l'opposition gabonaise @ DR
Figure de la diaspora gabonaise, Fabien Méré a catégoriquement rejeté ce weekend l’appel à agir lancé fin février par un collectif de dix opposants. Quelques jours plus tôt, Ngomo Privat, un autre proche de Jean Ping, avait fait de même. Explication. 

Une déclaration de la vacance du pouvoir suite aux ennuis de santé d’Ali Bongo ? Fabien Méré, un activiste proche de Jean Ping n’en veut pas. « Aujourd’hui au Gabon […], on prétend parler de vacance du pouvoir. Ce n’est pas ma façon de voir les choses […]. Nous ne pouvons pas parler de vacance de pouvoir parce que nous n’avons jamais reconnu Ali Bongo comme président de la République », a déclaré le Fabien Mere, le 9 mars à Paris. Une manière de claquer la porte au nez à l’appel à agir lancé le 27 février dernier par un collectif d’opposants.

Ce membre de la Coalition pour la nouvelle République préconise une autre solution. « On parle de la fin de la vacance du pouvoir, parce que la Constitution de notre pays prévoit la vacance du pouvoir au cas où le président par quelques moyens possibles d’empêchement se trouverait dans l’incapacité d’exercer le pouvoir. Ce n’est pas Ali Bongo qui est concerné par cet article, mais Jean Ping. Voilà pourquoi nous parlons de la fin de la vacance de pouvoir », a martelé Fabien Méré.

Doute sur la sincérité de l’adhésion de Jean Ping à l’appel à agir

Les déclarations de ce soutien de la première heure de Jean Ping sont révélatrices des profondes divergences qui facturent à l’heure actuelle l’opposition gabonaise. Engluée dans une querelle de leadership, celle-ci est incapable de se mettre d’accord sur la stratégie à suivre face au pourvoir. Déjà en octobre dernier, les dissensions entre partisans ou non au boycott des élections avaient jeté une lumière cruelles sur les divisions qui minent le camp de l’opposition.

Mais les déclarations de Fabien Méré soulèvent également la question de la sincérité de l’adhésion de Jean Ping à l’appel à agir. Officiellement, celui-ci y a, certes tardivement souscrit. C’était le 7 mars dernier (lire notre article). Mais bizarrement, le patron de la CNR, d’un naturel prolixe et peu avare de selfies, n’en a pas fait état sur ses réseaux sociaux.

En réalité, chacun sait que Jean Ping ne perçoit pas cette initiative d’un bon œil (lire notre article à ce sujet). Il y voit un moyen pour la nouvelle génération d’opposants de pousser vers la sortie l’ancienne (qu’il représente). Mais plutôt que de rejeter ouvertement cet appel, Jean Ping, en politicien madré, a opté pour une stratégie plus subtile. D’un côté, il fait mine d’adhérer à cet appel pour feindre le rassemblement et ne pas apparaître, a contrario, comme un agent de division. De l’autre, il laisse ses proches torpiller ouvertement et publiquement cet appel. Ce fut le cas de Ngomo Privat il y a quelques jours (lire notre article). C’est encore le cas aujourd’hui avec Fabien Méré.

D’aucuns parlent aujourd’hui d’ambiguïté, voire de duplicité de la part de Jean Ping. Il faut davantage y voir le signe de son caractère roué, en même temps qu’un art consommé de la politique dans sa conception machiavélienne du terme.