[Analyse] : Comprendre la composition du nouveau gouvernement au Gabon

Le président Ali Bongo Ondimba a donné son feu vert au premier ministre Rose Ossouka Raponda pour la composition de la nouvelle équipe gouvernementale ce vendredi 17 juillet 2020 © DR

Ce vendredi 17 juillet, au lendemain de sa nomination au poste de premier ministre, Rose Ossouka Raponda a remis au président de la République, qui l’a acceptée, une proposition de composition de la nouvelle équipe gouvernementale qui comprend 33 membres, dont un bon tiers de femmes. Quelles en sont les principales lignes de force ? Voici la réponse. 

C’est un gouvernement somme toute resserré d’une trentaine de membres (33 ministres exactement), dont un bon tiers de femmes. Mais c’est surtout une équipe expérimentée, un « gouvernement de combat » comme le dit un proche du chef de l’Etat, dans lequel certaines valeurs sûres font leur retour, avec le primat donné à l’économie dont il faut assurer la relance en raison de la crise liée au Covid-19.

Et pour ce faire, pas de temps à perdre. C’est pourquoi cette nouvelle équipe – c’est une exigence du président – devra être immédiatement opérationnelle. « La clé pour comprendre la nomination de ce gouvernement, c’est l’expérience et la compétence. Le chef de l’Etat voulait une équipe immédiatement opérationnelle. En raison de la crise du Covid-19 qui produit ses effets ici et maintenant, il ne peut y avoir de période de rodage. Les ministres doivent d’emblée être au niveau », explique une source au sein du Palais du Bord de mer.

Mais la composition de ce gouvernement reflètent également d’autres préoccupations. Les voici.

Les portefeuilles économiques musclés pour traiter les conséquences de la crise du Covid-19

Le président Ali Bongo Ondimba l’a dit aussitôt connue la nomination du nouveau premier ministre. Sa priorité ira à la relance économique, condition de l’accompagnement social. Cette priorité se reflète dans la composition du gouvernement qui fait la part belle à l’économique.

Jean Marie Ogandaga conserve son poste de ministre de l’Economie, auquel est adjoint l’intitulé explicite de « la relance », mais le ministère qu’il dirigeait est scindé en deux. Les Finances sont dévolues à Sosthène Ossoungou Ndibangoye, l’ex-directeur général du Trésor qui devient ministre du Budget et des Comptes Publics.

Soulagé des Finances, le ministre de l’Economie se voit renforcé par la venue d’une ministre déléguée en la personne de  Nicole Janine Lydie Roboty, ép. Mbou, l’ancienne DGA de la Dette, qui jouit d’une solide réputation auprès des bailleurs de fonds internationaux dont elle est très appréciée. Le signe tangible que l’économie, et à travers elle l’emploi, sera la priorité absolue du nouveau gouvernement.

Le retour des valeurs sûres

Deux proches du président Ali Bongo Ondimba, particulièrement expérimentés, font leur retour au sein du gouvernement. Il s’agit de Pacôme Moubelet Boubeya au poste de ministre des Affaires étrangères (en remplacement d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, nommé à l’Energie) et de Michael Moussa Adamo comme ministre de la Défense Nationale (à la place de Rose Christiane Ossouka Raponda, devenue premier ministre).

La reprise en main du régalien

Ces deux nominations, qui consacrent le retour de proches parmi les proches du chef de l’Etat, montrent une volonté de reprise en main des secteurs régaliens, qui restent la prérogative constitutionnelle du chef de l’Etat.

Ces deux nominations sont complétées par le maintien à son poste de ministre de l’Intérieur de Noël-Lambert Matha, un autre fidèle du chef de l’Etat.

La part belle à la parité

Ce nouveau gouvernement compte un bon tiers de femmes. Surtout, les deux premiers ministres dans l’ordre protocolaire sont des femmes : le premier ministre, Rose Ossouka Raponda, et le ministre des Relations avec les Institutions Constitutionnelles et les Autorités Administratives Indépendantes, Denise Mekame’ne Edzidzie, épse Taty, qui a rang de ministre d’Etat.

La ministre du Droits des femmes, Prisca Koho épouse Nlend, se voit, elle, renforcée puisqu’elle récupère les Affaires sociales. Un poste exposé en cette période de crise du Covid-19.

Enfin, le nouveau porte-parole du gouvernement est désormais une femme : Madeleine Berre, qui conserve son porte-feuille de ministre de l’Emploi, de la Fonction Publique, du Travail et de la Formation Professionnelle, sera la nouvelle porte-voix de l’Exécutif gouvernemental en remplacement d’Edgard Mboumbou Miyakou, qui reste ministre de la Communication.

Les équilibres géographiques respectés avec le retour du Woleu-Ntem au sein du gouvernement

Comme souvent, la nouvelle équipe gouvernementale affiche elle aussi un subtile équilibre entre les différentes provinces.

Celle-ci est marquée par le retour des ministres originaires de la province septentrionales du Woleu-Ntem qui en avait été privé ces derniers mois en raison notamment du placement en détention dans le cadre de l’opération anti-corruption Scorpion de l’ex-ministre de l’énergie, Tony Ondo Mba.

Le Woleu-Ntem sera désormais doublement représenté du côté de Bitam avec le ministre délégué à l’Environnement, Charles Mve Ella ; et du côté d’Oyem avec le Dr Guy Patrick Obiang Ndong.

Le très populaire porte-parole du Comité de riposte au Covid-19 que les Gabonais ont appris à connaître et à apprécier, grâce à ces interventions ciselées, bénéficie de l’une des plus belles promotions de ce gouvernement, remplaçant ainsi à ce poste Max Limoukou.

A noter enfin que des ministres clés conservent leur poste. C’est le cas de Lee White à l’Environnement, de Biendi Maganga-Moussavou à l’Agriculture, de Franck Nguema aux Sports, mais également aux Transports et aux Infrastructures (Léon Bouda Balonzi), à la Justice (Erlyne Antonella Ndembet épouse Damas), à l’Enseignement supérieur (Patrick Daouda Mouguiama) ou encore au Pétrole et aux Mines (Vincent de Paul Massassa) et à la Lutte contre la corruption (Francis Nkea Ndzigue) qui demeure une priorité constante pour les autorités malgré l’attention portée ces derniers mois à la crise du Covid-19.