
En ce début d’année, le site d’information en ligne Gabon Media Time, propriété du groupe Global Media Time, fondé et dirigé par le gabonais Harold Leckat, a lancé son équivalent au Congo-Brazzaville : Congo Media Time. Si les similitudes sont évidentes entre leurs noms, leurs logos ou encore leurs maquettes, leurs lignes éditoriales, en revanche, sont sensiblement différentes.
Le site ressemble à s’y méprendre à son grand frère gabonais, Gabon Media Time. Même maquette, même logo, même nom quasiment. Seul le nom du pays change évidemment, ainsi que la couleur du logo (le rouge qui a remplacé le vert).
Le 17 janvier 2020, le groupe Global Media Time, fondé et dirigé par le gabonais Harold Leckat, a mis en ligne un site d’information dédié à l’actualité au Congo-Brazzaville. Son nom, Congo Media Time, souligne la généalogie avec son équivalent gabonais.
A ce stade, la fréquence de publication d’articles est moins soutenue que pour le Gabon (deux en moyenne par jour contre une dizaine pour la version gabonaise), ce qui est normal en période de démarrage. Congo Media Time compte d’ailleurs y remédier. Le site d’information a diffusé cette semaine une annonce pour recruter un journaliste web.
Denis Sassou Nguesso ménagé
Si entre Gabon Media Time et Congo Media Time la généalogie est évidente et les similitudes fortes, un point semble toutefois distinguer fortement les deux médias. Alors que le premier a une ligne très critique à l’encontre du pouvoir, le second semble avoir adopté une ligne beaucoup plus institutionnelle.
Gabon Media Time est en effet connu pour son opposition vigoureuse au président Ali Bongo Ondimba. Hier encore, lundi 2 mars, il publiait un article au titre évocateur – Ali Bongo disparu des écrans depuis plusieurs semaines! -, alors même que le président gabonais réunissait dans le même temps le premier ministre et les ministres concernés par la riposte contre le coronavirus. Pas de quoi, cependant, totalement satisfaire Gabon Media Time, comme l’indique son article publié dans la foulée au titre peu révérencieux : Après des semaines d’absence injustifiée, Ali Bongo refait surface.
A l’inverse, Congo Media Time est nettement plus légitimiste et donc moins critique à l’égard du chef de l’Etat congolais Denis Sassou Nguesso. Son activité institutionnelle y est présentée de manière plus neutre et factuelle et aucune analyse ne vient ternir son blason. Au contraire, le numéro un congolais bénéficie d’une bienveillance remarquable comme le montre la série d’articles publiés entre le 17 et le 20 février dernier, qui a représenté à ce moment-là une bonne part de l’activité de ce nouveau média : Denis Sassou Nguesso en séjour de travail à Pointe-Noire (17 février), Denis Sassou Nguesso lance la 3ème turbine de la Centrale Electrique du Congo (18 février), Denis Sassou Nguesso inaugure trois nouveaux quais au PAPN (19 février), Dernière étape du séjour de travail de Denis Sassou Nguesso aux GMK (20 février).
Ligne éditoriale légitimiste
Dans la même logique, autant les opposants gabonais, quels qu’ils soient – politiques, activistes, syndicalistes, sont portées aux nues par Gabon Media Time, autant leurs homologues congolais n’ont eux pas voix au chapitre.
Pour ce journaliste des Dépêches de Brazzaville, le grand quotidien institutionnel congolais, ce positionnement n’est en rien surprenant. « Au Congo, si un média veut s’inscrire dans la durée, il a intérêt à cultiver de bonnes relations avec le pouvoir. Pour des raisons financières », explique-t-il. « D’une part, les subventions publics sont le mode de financement des médias le plus courant. D’autre part, si vous avez une ligne agressive vis-à-vis du pouvoir, les entreprises au Congo, dont beaucoup sont publiques, n’iront pas prendre le risque de vous acheter de la publicité », complète ce journaliste, fin connaisseur du paysage médiatique gabonais.
Là se trouve peut-être la raison de la différence de ligne éditoriale entre le Gabon et le Congo. Après tout, comme le disait le grand philosophe Blaise Pascal, « vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà »…
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