Nomination de Noureddin Bongo : L’opposante Estelle Ondo met en garde contre tout « procès d’intention » fondé sur un « délit de patronyme »

Nourredin Bongo Valentin a été nommé jeudi 5 décembre coordinateur général à la Présidence du Gabon @ DR

Ce samedi sur sa page Facebook, la députée du 2e arrondissement d’Oyem, élue en octobre 2018 sous l’étiquette de candidate indépendante, a apporté un peu de rationalité dans un débat qui en manquait jusque-là singulièrement. 

C’est sans doute la meilleure analyse faite de la nomination le 5 décembre dernier en conseil des ministres de Noureddin Bongo Valentin, le fils aîné d’Ali et de Sylvia Bongo Ondimba, au poste de coordinateur des affaires présidentielles. Elle est le fait d’Estelle Ondo, qui fut l’une des vice-présidente de l’Union nationale, l’un des principaux partis d’opposition avant d’en être exclue dans des conditions controversées.

Ce samedi sur sa page Facebook, celle qui fut ministre des Eaux et Forêts, puis de la Famille avant de redevenir députée, sans jamais rejoindre la majorité, a dénoncé, « en tant qu’opposante », précise-t-elle, le « procès hystérique et irrationnel fait à Noureddin Bongo Valentin. Le Combat politique ne doit pas faire perdre le sens des réalités », a-t-elle indiqué.

Soulignant tout d’abord qu’en l’espace de dix ans, le président Ali Bongo Ondimba avait mis à bas « l’ancien système » qui peu à peu avait fini par scléroser le pays « pour aller vers plus d’ouverture et d’égalité des chances », Estelle Ondo rappelle qu’ « au plan juridique, au Gabon, comme dans certaines grandes démocraties, il n’est pas formellement interdit au chef de l’Etat de nommer à de hautes fonctions des membres de sa famille. »

Hypocrisie

Et de citer, à l’instar du porte-parole de la Présidence, Jessye Ella Ekogha lors de son point presse du 6 décembre dernier, l’ « exemple des Etats-Unis où le Président Donald Trump a nommé sa fille et son gendre à son cabinet », ajoutant qu’ « en France, les présidents de la République et les parlementaires ont souvent nommé des parents (femmes, enfants, amis) à des postes importants » (ce fut notamment le cas du président Jacques Chirac dont la fille Claude fut tout au long de ses deux mandats la principale collaboratrice, NDLR).

Au passage, Estelle Ondo dénonce une vaste hypocrisie. « Parmi ceux qui crient aujourd’hui au loup, plusieurs ont nommé des proches ou ont été nommés eux-mêmes selon des critères subjectifs, familiaux (politiques), etc. Sans que cela ne soit à l’époque ni ‘illégal’ ou ‘inconstitutionnel’ comme ils veulent le faire croire, aujourd’hui », fait-elle remarquer à juste titre.

Sur le plan juridique, poursuit la députée, l’expression « assiste », qui figure dans le décret de nomination de Noureddin Bongo Valentin au poste de coordinateur, « n’est pas spécifique à ce poste. On la retrouve dans plusieurs textes organiques des ministères et même de la Présidence », fait observer Mme Ondo, répondant par là à un argument – jugé spécieux – avancé par Zacharie Myboto, le président de son ex-formation, l’UN. « Cela ne crée pas de pouvoirs politiques ou administratifs en faveur de son titulaire pour exiger des ministres, hauts fonctionnaires de s’incliner sous ses pieds », note l’ex-ministre.

Juger sur l’efficacité

Si Estelle Ondo appelle à la prudence – « bien entendu, les textes juridiques sont une chose et la pratique politique une autre. Il vaut donc mieux attendre et observer la façon dont le coordonnateur général va se mouvoir entre le directeur de cabinet, le secrétaire général de la présidence de la République et le premier ministre », dit-elle -, cela vaut, dans son esprit, dans les deux sens. « Il faut donc se garder de tout procès d’intentionIl faut juger Noureddin Bongo Valentin à l’épreuve de son humilité (éthique) et de son efficacité (politico-administrative) dans le respect des bornes légales et constitutionnelles qui fondent l’Etat de droit démocratique », conclut la députée d’Oyem.

Et celle-ci de mettre en garde les nombreux procureurs auto-proclamés (opposants, activistes, médias occidentaux) contre un autre procès : celui instruit contre l’impétrant pour « délit de patronyme »« La République », rappelle-t-elle, « ne juge pas en fonction du patronyme, de l’ethnie ou de la couleur de la peau, mais du sens de l’intégrité, du dévouement et de l’efficacité (action, résultat). »